Œufs de poules en cage : une persistance alarmante dans les rayons des supermarchés
Malgré les engagements pris par les grandes enseignes de distribution, de nombreux supermarchés continuent de proposer des œufs issus de poules élevées en cage, suscitant l'indignation des défenseurs du bien-être animal. Plus de sept supermarchés sur dix vendent toujours ces œufs, dix ans après les premiers engagements des distributeurs pour cesser leur commercialisation, a déploré mercredi l'association Anima.
Des progrès notables mais insuffisants
Les œufs de poules élevées en cage ne représentaient plus que 14% des œufs vendus en grandes surfaces en 2025, contre 51% en 2016. Cette part est qualifiée d'historiquement basse par l'association de défense du bien-être animal, qui cite des données de l'institut technique de l'aviculture (Itavi). Le recours à cette pratique a significativement diminué, reconnaît Anima dans un communiqué.
Cependant, ces œufs subsistent en rayon, alors que les principales enseignes s'étaient engagées à ne plus en vendre au 1er janvier 2026. L'association regrette cette persistance et a mené une enquête approfondie pour évaluer la situation actuelle.
Une enquête révélatrice dans près de 400 supermarchés
À l'heure des comptes, Anima a enquêté le mois dernier avec l'ONG Data for Good dans près de 400 supermarchés, couvrant les principales enseignes :
- 48 magasins E. Leclerc
- 70 Carrefour
- 55 Intermarché
- 45 U
- 50 Auchan
- 60 Lidl
- 28 Monoprix
- 30 Aldi
Le résultat est sans appel : 73% des magasins visités vendaient des œufs cage. Ce chiffre global masque cependant des disparités importantes selon les distributeurs.
Des disparités flagrantes entre enseignes
L'enquête révèle que toutes les enseignes sont concernées, mais à des degrés très variables :
- Les œufs cage ont été trouvés dans seulement 3,6% des Monoprix visités
- Dans 26,7% des Aldi
- Dans moins de la moitié des Intermarchés
- Mais dans plus de 80% des magasins Carrefour et Leclerc visités
- Et dans plus de 90% des U, Auchan et Lidl visités
Dans 95% des cas, ces œufs cage sont français. Seul Lidl vend fréquemment des œufs cage étrangers, notamment polonais. Aucun œuf ukrainien, dont l'importation avait fait polémique en août, n'a été recensé, a assuré Keyvan Mostafavi, le directeur d'Anima, lors d'une visioconférence.
Des infractions à la réglementation européenne
L'association soulève un autre problème : plusieurs dizaines de supermarchés vendent des boîtes d'œufs cage en infraction avec la réglementation européenne, car sans indication du mode d'élevage. Cette omission prive les consommateurs d'une information essentielle pour faire des choix éclairés.
Parallèlement, Anima a passé au crible 25 produits à base d'œufs (brioches, madeleines, etc.) de marques propres des distributeurs. Keyvan Mostafavi constate de bons progrès dans ce domaine :
- Lidl revendique des œufs de poules élevées au sol ou en plein air pour 100% de ces produits
- Devant Leclerc (96%)
- Monoprix (près de 91%)
- Et Aldi (90%)
Les arguments des enseignes face aux critiques
Contactées par les enquêteurs, plusieurs enseignes invoquent les tensions du marché français. La production n'a pas suivi la forte hausse de la consommation, ce qui s'est traduit ces derniers temps par des rayons dégarnis. Cette situation expliquerait, selon elles, la persistance des œufs cage dans leurs linéaires.
Carrefour, quant à lui, conteste fermement la méthodologie utilisée par le rapport d'Anima. L'enseigne remet en question la représentativité de l'échantillon et la fiabilité des conclusions tirées de cette enquête.
Malgré les progrès indéniables enregistrés depuis 2016, la persistance des œufs de poules élevées en cage dans les rayons de la grande distribution montre que le chemin vers une transition complète vers des modes d'élevage plus respectueux du bien-être animal reste encore long. Les engagements pris doivent maintenant se traduire par des actions concrètes et vérifiables dans tous les points de vente.



