Profilia : la start-up lorraine qui révèle les superpouvoirs des végétaux
« Nous mettons en évidence les superpouvoirs des végétaux », déclare avec enthousiasme Flavien Zannini, ingénieur en biochimie des protéines et lecteur assidu de science-fiction. L’aventure de Profilia a débuté un vendredi soir au laboratoire, comme le raconte Éric Gelhaye, directeur de recherche à l’Inrae et spécialiste des champignons dégradant le bois : « L’idée de créer cette start-up nous est venue, nous nous sommes dit : “pourquoi pas ?” ». Muriel Barbier-Boileau, présidente de Profilia, ingénieure en biotechnologies et ancienne gymnaste, ajoute : « Nous avons réalisé qu’une occasion comme celle-ci ne se présente qu’une fois dans une vie ». Elle, qui avait presque abandonné une carrière scientifique pour la photographie, confie en riant : « La science m’a rattrapée ! ».
Transformer les déchets en ressources précieuses
L’ambition de ces trois cofondateurs, profondément attachés à leur territoire lorrain, est d’analyser les plantes, algues et micro-organismes délaissés par les exploitants et industriels. Leur objectif : identifier une centaine de molécules aux propriétés exceptionnelles, comme des antioxydants, des antibactériens, des antifongiques ou des insecticides. « À partir de coproduits, de déchets, nous créons de la valeur, afin d’ouvrir un second marché pour un agriculteur par exemple », explique Muriel Barbier-Boileau.
Actuellement, la jeune pousse mène des tests avancés sur les féveroles, une légumineuse principalement utilisée pour l’alimentation animale. L’enjeu est d’extraire un insecticide naturel des coques avant qu’elles ne soient brûlées pour chauffer l’usine, offrant ainsi une solution naturelle contre les insectes ravageurs. Un autre essai porte sur la renouée du Japon, une plante envahissante contenant des molécules fongicides. « Les gisements existants peuvent être valorisés », souligne Muriel Barbier-Boileau. Éric Gelhaye précise : « Le but est de financer la fauche et ainsi de stimuler la lutte contre la plante ». Cette expérimentation se déroule dans les douves de la prison de Maxéville, près de Nancy, où la municipalité doit éliminer ces buissons pour dégager le champ de vision des surveillants.
Un écosystème d’innovation agricole en plein essor
Autour de Profilia, d’autres projets innovants émergent, distingués par un jury d’experts. Nicolas Irlinger, d’Edonia, transforme les microalgues en alternative nutritive à la viande grâce à une technologie développée avec AgroParisTech. Jean-François Déchant, ancien du secteur de la cybersécurité, a cofondé Elicit Plant en 2017 pour aider les agriculteurs à réduire le stress hydrique et à faire face au changement climatique.
Aldo Borjas, de BIOSAP, travaille sur la physiologie des plantes pour développer des biostimulants renforçant leur résistance aux effets du climat. Pauline Dentika, de Plantévia, exploite la fermentation de l’ail local pour créer un protecteur des cultures contre les champignons. Sheryline Thavisouk et Philippine Soulères Albrand, du Papondu, fabriquent des œufs végétaux, tandis que Mohamad Issaoui et Holm Amara, d’Agrodynalux, proposent des herbicides écoresponsables à base de molécules photoactives.
La physico-chimiste Paula A. Gomes cherche à rendre plus durable la récolte des micro-algues, et Anne Nguyen avec Maëlle Le Millin, de BioAlva, développent des alternatives végétales au poisson à partir de micro-algues et de légumineuses. Ces initiatives illustrent la vitalité de l’innovation dans le secteur agricole et environnemental, ouvrant la voie à des solutions durables et créatrices de valeur.



