Orthez se prépare à des étés brûlants : les candidats dévoilent leurs stratégies face à un scénario de canicule extrême
Le journal Sud Ouest a soumis aux quatre candidats au siège de maire d'Orthez un scénario de crise particulièrement réaliste et plausible. Jusqu'au vendredi 27 février, la rédaction restitue leurs réactions, commentaires et programmes d'anticipation. Pandémie du Covid, instabilité gouvernementale, budget national de rigueur ou explosion du prix de l'énergie suite à l'agression de l'Ukraine, le mandat qui s'achève a été rythmé par des crises mondiales et nationales aux impacts locaux significatifs. La mandature qui débutera fin mars en connaîtra d'autres, sans aucun doute.
Un été 2030 sous une chaleur infernale
Sud Ouest a imaginé quatre scénarios réalistes et plausibles afin de les soumettre aux candidats. Premier épisode : le thermomètre s'affole durant l'été 2030. Pour la troisième semaine consécutive, les températures dépassent les 45°C. Le territoire vit au ralenti, entre fermetures en série, pénuries ponctuelles et tensions sous-jacentes. Crèches, centre aéré et services administratifs ferment progressivement ou basculent vers des horaires restreints. L'Agence régionale de santé (ARS) active un plan d'urgence canicule et demande aux communes d'identifier et d'ouvrir des refuges climatiques accessibles à tous. Les premiers signes de tension apparaissent du fait de coupures de courant liées à la surchauffe des transformateurs et l'inquiétude croît autour de l'approvisionnement en eau potable.
Les réactions des candidats : une vision partagée de l'urgence
Tous les candidats considèrent ce scénario comme possible à l'horizon 2033. « Le point de départ, c'est l'État », démarre Éric Delteil qui se positionne, s'il était maire à ce moment-là, comme un acteur de terrain pour mettre en œuvre les directives du préfet et de l'ARS. « Le rôle de la commune sera d'être au plus près des citoyens pour répondre à leurs difficultés. » Tous les prétendants à l'hôtel de ville mettent d'ailleurs leur souci prioritaire sur les personnes en vulnérabilité afin de répondre à toutes les urgences.
« Pour que notre collectivité soit en mesure de réagir à une telle situation, il faut un service public fort », plaide Éric Delteil. L'occasion pour le candidat de gauche de souligner son premier combat municipal : lutter contre le désengagement financier de l'État dans ses dotations aux communes. « Aucun poste d'agent ne doit être supprimé. Nous ne sommes pas candidat à gérer la pénurie. Nous irons chercher les dotations de l'État avec les dents », annonce-t-il.
Des mesures concrètes pour anticiper la crise
Quant aux mesures pour préparer la commune à pareille crise, Éric Delteil vise d'abord les bâtiments à isoler. Ceux de la ville, afin d'en faire des oasis de fraîcheur où accueillir des habitants vulnérables, mais aussi les logements du parc social. « Au Goundette ou au quartier des Sources, il n'y a pas besoin de 45 °C pour que ce soit insupportable. Nous devons exercer une pression sur les offices HLM afin qu'ils préparent les logements à ces températures extrêmes. »
Cette crise sanitaire replonge Jeanne Lamazère-Destugue dans l'épisode du Covid que la candidate a vécu comme élue de la majorité sortante. Et de se remémorer la mobilisation du CCAS, des élus pour répondre aux besoins du moment et de la chaîne de solidarité qui s'est mise en place dans la cité. « Il existe un plan de sauvegarde avec des fiches techniques pour réagir à diverses situations. La canicule en fait partie. » Ce scénario extrême pourrait amener l'élue à réfléchir à y ajouter un accueil à la piscine en rotation des familles vivant en appartement. Les Ehpad comme la crèche seraient, à Orthez, déjà dotés d'une salle climatisée.
Végétalisation et gestion de l'eau : des priorités partagées
Au chapitre de l'anticipation, Jeanne Lamazère-Destugue souligne que son programme prévoit la végétalisation du cœur de ville partout où cela est possible et la création de zones ombragées. Végétaliser le pavé, Benjamin Moutet y songe également, mais « cela prendra vingt ans avant d'avoir de l'ombre avec les arbres que nous planterons ». Dans l'urgence, le quadragénaire compte s'appuyer davantage sur les atouts naturels d'Orthez avec le gave et ses deux lacs. Un cheminement entre celui de Biron et le Grecq, via un jardin public réaménagé, est envisagé. Quant aux rives du gave, elles seront aménagées afin que l'on puisse s'y attarder.
Comme Éric Delteil, mais aussi Jeanne Lamazère-Destugue et Nicolas Cresson, Benjamin Moutet entend œuvrer dès le début du mandat à la rénovation énergétique des bâtiments municipaux afin qu'ils puissent supporter les températures extrêmes. « Je souhaite que l'on porte un souci sur l'eau qui sera un enjeu. Si l'on récupère l'eau de pluie pour la stocker, on pourrait imaginer de la brumiser dans la ville lors des canicules », lance-t-il.
Au bord du gave, le futur bâtiment destiné au club de kayak doit, pour Benjamin Moutet, servir à tous, notamment l'été. Le candidat envisage le camping municipal à proximité. « Il y a du foncier à acheter et le nouveau PLUi le permet », assure-t-il. Enfin, pour que le cœur de ville soit propice au farniente sur des places ombragées et des zones enherbées, « il faut que les camions de transit aient été détournés », note Benjamin Moutet. Le candidat entend jouer d'influence pour que les poids lourds empruntent le futur échangeur de la Virginie et que le barreau centre soit enfin réalisé. « Il faut faire de la politique au sens noble, c'est-à-dire travailler, convaincre, respecter et agir ensemble dans l'intérêt général », confie-t-il.
Énergie et éducation : des approches complémentaires
Enfin, Nicolas Cresson, comme Jeanne Lamazère-Destugue, prévoit d'installer des panneaux photovoltaïques sur les bâtiments municipaux où c'est possible. L'opportunité d'une énergie gratuite qui permette de climatiser des bâtiments. Le candidat d'extrême droite pointe la place du Foirail comme espace à rénover et à verdir avec arbres et parterres de fleurs. « Je regrette que la récente rénovation de la rue d'Albret, à côté de la mairie, n'accueille pas davantage d'arbres. Tout a été bétonné », lance Nicolas Cresson qui veut sans doute évoquer la rue des Jacobins.
Pour la gestion de la crise, le trentenaire s'en remet aux directives de l'ARS et imagine des distributions d'eau potable, l'adaptation des horaires des services municipaux « à la portugaise ». « Il faudra rééduquer la population à des gestes basiques comme ouvrir ses fenêtres la nuit et les fermer le jour. La mairie aura à accompagner en diffusant les bonnes informations », estime Nicolas Cresson. Un nouveau scénario de crise sera présenté demain, mettant à l'épreuve la capacité des candidats à anticiper d'autres défis locaux et nationaux.



