Frédérique Lorenzi, présidente de l'Association pour la sauvegarde de la nature et des sites de Roquebrune Cap Martin, Menton et environs, est également active au sein de France Nature Environnement Paca dans le réseau eau et milieux aquatiques. Dans un entretien, elle alerte sur les carences de la loi littoral et les risques liés à l'artificialisation du littoral méditerranéen.
Une artificialisation excessive du littoral
Selon Frédérique Lorenzi, le principal problème réside dans la forte artificialisation du littoral. Elle explique : « On pourrait parler d’une continuité mer terre, mais dans les faits, dès qu’il y a un espace libre, on creuse pour faire des parkings. » Elle cite l'exemple des Sablettes, où les extracteurs des parkings sont directement sur la plage, notamment vers le quai des Pêcheurs. « Quand ils fonctionnent, cela provoque des problèmes majeurs : poussée d’Archimède, infiltrations, humidité dans les niveaux inférieurs… L’eau finit toujours par entrer. Et cela entraîne aussi l’éclatement des dallages, parce que tout travaille. Même certaines maisons du vieux Menton, qui n’ont pas de fondations adaptées, sont concernées. »
Des risques à long terme ignorés
L'experte alerte sur des risques à long terme : « C’est une catastrophe annoncée. À moins de 50 ans, on va en subir les conséquences. On ne prend pas en compte le réchauffement climatique ni la violence croissante des tempêtes, notamment celles du sud-sud-est en automne. »
Des évolutions récentes encore insuffisantes
Interrogée sur les évolutions récentes des aménagements du littoral, Frédérique Lorenzi note une certaine prise de conscience : « On commence à prendre en compte le recul du trait de côte, mais de manière très partielle. Certaines concessions évoluent, notamment sur les épis, et on évite d’aménager les zones les plus sensibles. Mais dans le même temps, la plage entre les épis est grignotée chaque année. On a aussi diminué certaines emprises, ce qui montre une prise de conscience, mais elle reste limitée. »
Les insuffisances de la loi littoral
Frédérique Lorenzi estime que la loi littoral est clairement insuffisante : « Elle ne prend pas en compte les ressources marines ni leur renouvellement. On continue à privilégier des usages humains sans considérer les cycles naturels. On peut, par exemple, installer des infrastructures lourdes en mer ou réutiliser les eaux usées pour arroser des golfs, au lieu de restituer l’eau douce aux milieux marins. Or, sans eau douce, les écosystèmes marins s’appauvrissent. »
Des contournements de la loi et un manque de sanctions
Elle dénonce également des manières de contourner la loi Littoral : « Il existe des dérogations multiples. Entre schémas d’aménagement et autorisations régionales, la loi peut être contournée. Résultat : depuis quarante ans, des constructions se multiplient malgré les principes initiaux de protection. Et surtout, il y a très peu de sanctions réelles. Dans certains cas, même les infractions n’entraînent pas de conséquences fortes. »
Un avenir à repenser
Pour Frédérique Lorenzi, il est urgent de repenser complètement la relation entre terre et mer : « Considérer les espaces intermédiaires comme des zones de respiration. Et surtout, accepter que certains aménagements doivent reculer, pas après la catastrophe, mais avant. Sinon, on continuera à construire sur des équilibres instables, jusqu’à ce que le système se retourne contre nous. »



