Le député écologiste Benoît Biteau lance un combat législatif contre le cadmium
Élu en 2024 comme député de la Charente-Maritime, Benoît Biteau, membre du groupe Les Écologistes, a déposé en décembre 2025 une proposition de loi visant à contrer la présence du cadmium, un métal lourd décrit comme une véritable bombe sanitaire. Cette initiative fait suite à une nouvelle alerte de l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), qui a poussé le parlementaire à presser le gouvernement d'agir rapidement.
Une réglementation urgente sur les engrais phosphatés
La proposition de loi de Benoît Biteau se concentre sur la réglementation des engrais phosphatés, identifiés comme les principaux responsables de la contamination au cadmium. Il s'agit de revoir le plafond de la présence de cadmium par kilo d'engrais, explique le député. Actuellement, l'Union européenne fixe ce plafond à 60 milligrammes par kilogramme, mais la France bénéficie d'une dérogation permettant 90 mg/kg.
Biteau propose une diminution progressive : 40 mg/kg au 1er janvier 2027, puis 20 mg/kg au 1er janvier 2030. Cette dernière dose correspond au seuil à partir duquel les scientifiques estiment qu'il n'y a plus de danger pour la santé humaine. Il n'y a plus aucune raison de reculer, insiste-t-il, soulignant que la décadmiation – le processus d'élimination du cadmium – ne coûterait que 2 euros supplémentaires par hectare et par an, un montant qui ne menacerait pas la compétitivité agricole.
Un parcours législatif semé d'embûches
La proposition de loi a rencontré des obstacles administratifs. Initialement prévue à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale le 12 février dernier, elle n'a pas été examinée faute de temps. Elle est désormais programmée pour un débat des présidents le 14 avril et devrait être inscrite à la séance prévue entre les 11 et 14 mai. Benoît Biteau lance un appel pour un vote dès le 15 mai, affirmant que ça aurait de la gueule.
Le député évoque des pressions potentielles, notamment de la part de la Fédération nationale des exploitants agricoles (FNSEA), qui pourrait brandir l'argument des rendements et de la souveraineté alimentaire. Cependant, il rétorque que cette opposition est absurde, car il ne s'agit pas d'interdire les engrais phosphatés, mais de recourir à des techniques de décadmiation déjà maîtrisées par des fournisseurs comme le Maroc, qui produit 70 % des phosphates mondiaux.
Une situation critique en Charente-Maritime
La Charente-Maritime est particulièrement touchée par cette contamination au cadmium, qui s'ajoute à d'autres problèmes environnementaux tels que les pesticides, les foyers de cancers pédiatriques et la problématique des bassines. Cette concentration de plaies menace aussi l'attractivité du département, alerte Benoît Biteau. Il met en garde contre l'effet cocktail de ces pollutions, qui pousse déjà certains citoyens à quitter la région ou à hésiter à s'y installer.
En revanche, dans l'ancienne région Aquitaine, le cadmium est quasiment absent, ce qui souligne les disparités territoriales. Le député insiste sur la nécessité d'une loi d'urgence pour protéger la santé publique et l'environnement, d'autant plus que des progrès techniques permettent d'atteindre des taux plus bas, avec des pays comme la Norvège développant des gisements à faible teneur en cadmium.



