Chez les écologistes, difficile de trouver figure plus radioactive que François de Rugy. « Désolée, pas du tout dispo pour ça », « je suis sceptique sur le fait de contribuer à lui faire de la publicité »… L'homme de 52 ans a pourtant été leur camarade. Mais entre Les Écologistes et leur ex-patron à l'Assemblée nationale, passé au Perchoir puis devenu ministre de la Transition écologique, le fossé n'en finit plus de se creuser.
Le Nantais a retrouvé ces derniers mois une visibilité médiatique qu'il utilise pour dézinguer ses anciens amis à tout va. Cécile Duflot, l'ex-secrétaire nationale passée à Oxfam ? « Elle est à la tête d'une ONG qui fait de la politique en triturant les chiffres ! » Marine Tondelier, actuelle secrétaire nationale des Écologistes, est également dans son viseur. Selon un proche du parti, « il endosse le rôle de l’écolo repenti pour exister encore médiatiquement ».
Une reconversion dans la banque d'affaires
Depuis son départ du gouvernement, François de Rugy s'est reconverti dans une banque d'affaires, où il conseille des entreprises sur les enjeux environnementaux. Cette position lui permet de défendre désormais la clim à tout crin, mais aussi de minimiser l'impact de substances controversées comme l'acétamipride ou les polluants éternels sur la santé. Ses déclarations, jugées trompeuses par les scientifiques, lui valent d'être qualifié de « marchand de doute » par ses détracteurs.
« Il utilise son passé d'écologiste pour donner du crédit à des positions qui servent les intérêts de ses clients », dénonce un chercheur en santé environnementale. « C'est une forme de désinformation qui peut avoir des conséquences graves sur la santé publique. »
Un parcours politique contrasté
Ancien député de Loire-Atlantique, François de Rugy a présidé l'Assemblée nationale de 2018 à 2019 avant de devenir ministre de la Transition écologique sous Emmanuel Macron. Son passage au gouvernement a été marqué par des polémiques, notamment sur ses dépenses personnelles et son train de vie. Aujourd'hui, il assume un virage idéologique assumé.
« Je ne me reconnais plus dans ce qu'est devenu l'écologie politique, un mouvement radical et dogmatique », a-t-il déclaré récemment dans un entretien. « Moi, je défends une écologie pragmatique, compatible avec l'économie. »
Des positions climatosceptiques
Dans ses interventions médiatiques, François de Rugy remet en cause le consensus scientifique sur le réchauffement climatique et l'impact des polluants. Il affirme notamment que l'acétamipride, un insecticide neurotoxique, n'est pas dangereux pour la santé, en contradiction avec les études de l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses).
« C'est un retournement complet », analyse un ancien collaborateur. « Quand il était ministre, il signait des arrêtés pour interdire certains produits. Aujourd'hui, il défend le lobby agricole et chimique. »
La réaction des écologistes
Les Écologistes ont réagi vivement aux propos de leur ancien leader. « François de Rugy est devenu un danger pour la planète », a tweeté la porte-parole du parti, Eva Sas. « Ses mensonges et sa complaisance avec les pollueurs sont indignes de quelqu'un qui a porté nos couleurs. »
Une pétition lancée par des militants écologistes demande le retrait de ses interventions publiques et son exclusion des médias. Elle a recueilli plus de 15 000 signatures en une semaine. « Nous ne pouvons pas laisser un ancien ministre utiliser sa notoriété pour semer le doute sur des sujets aussi graves », explique un des initiateurs.
Un cas emblématique du « greenwashing »
Pour les observateurs, le cas de François de Rugy illustre la porosité entre le monde politique et les intérêts économiques. « Il est l'exemple parfait du 'revolving door' », note un politologue. « Il a utilisé son capital politique pour se faire une place dans le privé, et maintenant il sert les intérêts de ceux qui le paient. »
Cette situation interroge sur la sincérité des engagements écologistes dans la classe politique. « Quand on voit comment il a retourné sa veste, on peut se demander si certains n'étaient pas simplement opportunistes », ajoute le chercheur.
François de Rugy, contacté par nos soins, n'a pas souhaité répondre à nos questions.



