Extinction nocturne : une étude révèle un impact limité sur la délinquance en France
Extinction nocturne : impact limité sur la délinquance

L'extinction nocturne se généralise en France

Une tendance de fond s'est installée dans les communes françaises : l'extinction partielle ou totale de l'éclairage public durant la nuit. Cette pratique, qui concernait déjà de nombreuses collectivités, a connu une accélération notable à l'automne 2022, poussée par la flambée des prix de l'électricité. Selon une cartographie publiée par le Cerema à l'été 2025, pas moins de 62% des 19.262 communes étudiées ont désormais adopté une politique d'extinction nocturne.

Un double bénéfice pour les collectivités

Ces décisions municipales répondent à deux objectifs principaux : réaliser des économies d'énergie substantielles pour alléger les budgets communaux, et réduire les effets néfastes de la pollution lumineuse sur la biodiversité et la santé humaine. Un enjeu environnemental qui prend de plus en plus d'importance dans les politiques locales.

La question sécuritaire au cœur des débats

À l'approche des élections municipales des 15 et 22 mars 2026, cette pratique fait cependant l'objet de contestations croissantes dans certaines villes. Le sentiment d'insécurité qu'elle peut générer chez une partie de la population devient un argument politique de poids, relançant le débat sur l'équilibre entre économies d'énergie et sécurité publique.

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Une première étude scientifique française

Jusqu'à présent, aucune recherche scientifique en France n'avait analysé précisément le lien entre extinction de l'éclairage public et délinquance. Les travaux internationaux sur cette question restaient rares et leurs résultats contrastés. C'est pour combler cette lacune que la chercheuse Chloé Beaudet (AgroParisTech - université de Paris-Saclay) a mené la première étude empirique évaluant cet impact à l'échelle nationale, dans le cadre de sa thèse soutenue en décembre 2025.

Des résultats qui rassurent globalement

L'étude, qui a analysé les statistiques de délinquance entre 2017 et 2023 dans les communes de plus de 1.500 habitants, apporte des conclusions nuancées mais globalement rassurantes pour les partisans de l'extinction nocturne.

Pas d'effet sur la majorité des délits

L'extinction de l'éclairage public n'a aucun effet significatif pour la grande majorité des faits de délinquance étudiés. Cette absence d'impact concerne notamment :

  • Les dégradations et destructions volontaires
  • Les violences sexuelles
  • Les vols non violents
  • Les vols de véhicules et d'accessoires
  • Le trafic et usage de stupéfiants

Un impact limité sur les cambriolages

Un faible effet positif a cependant été mis en évidence pour les cambriolages. Cet impact, bien que statistiquement significatif, reste très limité : il correspond à une augmentation de 0,35 cambriolage pour 1.000 logements, soit environ un cambriolage supplémentaire par tranche de 3.000 logements. En pourcentage, cela représente environ 3,4% du nombre de cambriolages observés en moyenne annuellement dans les communes pratiquant l'extinction nocturne.

Un phénomène concentré en milieu urbain

Les analyses détaillées révèlent que cet effet sur les cambriolages se concentre exclusivement dans les communes à forte densité de population, celles que l'Insee classe comme « grands centres urbains » et « centres urbains intermédiaires ». Aucun impact n'est observé dans les communes à plus faible densité, telles que les ceintures urbaines et les petites villes.

Des limites méthodologiques

Pour certains faits de délinquance comme la violence physique, les vols violents avec ou sans arme et les vols dans les véhicules, le modèle utilisé dans l'étude n'était pas applicable. Il n'est donc pas possible de conclure, pour ces délits spécifiques, à la présence ou à l'absence d'un effet de l'extinction de l'éclairage public.

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Une méthodologie rigoureuse

Pour parvenir à ces résultats, la chercheuse a croisé deux sources de données innovantes. La première est une base inédite identifiant, pour chaque commune, si et depuis quand l'éclairage public est éteint, s'appuyant sur des images satellites nocturnes analysées par le Cerema. La seconde source provient des données administratives du ministère de l'Intérieur, recensant les faits de délinquance par commune et par année sur la période 2017-2023.

Isoler l'effet causal

L'étude a utilisé la méthode des « doubles différences », couramment employée en économie, pour identifier un lien de causalité - et non une simple corrélation - entre extinction de l'éclairage public et délinquance. Cette approche compare l'évolution de la délinquance dans les communes ayant éteint leur éclairage avant et après la mesure, avec celle observée dans des communes comparables n'ayant pas procédé à une extinction.

Pas de déplacement vers les communes éclairées

Des analyses complémentaires suggèrent qu'en ce qui concerne les cambriolages, il n'y a pas, a priori, de phénomène de déplacement vers les communes voisines restées éclairées lorsque certaines communes pratiquent l'extinction nocturne. Cependant, des travaux supplémentaires seraient nécessaires pour déterminer si de tels effets de report existent à une échelle plus fine, au sein même des communes, entre quartiers éteints et quartiers adjacents restés éclairés.

Des pistes pour de futures recherches

Malgré l'absence d'effets ou les effets très limités observés, de futures recherches pourraient permettre de mieux comprendre les mécanismes à l'œuvre. Il serait notamment utile d'examiner si les effets - lorsqu'ils existent - varient selon le moment de la journée ou de l'année, selon certaines caractéristiques du tissu urbain, ou encore si l'extinction de l'éclairage modifie les comportements des riverains.

Des enseignements pour les collectivités

Les résultats de cette étude ne permettent pas de conclure à une augmentation massive de la délinquance liée à l'extinction de l'éclairage public. Pour les communes qui souhaitent mettre en place ces politiques afin de réduire la pollution lumineuse ou maîtriser leurs dépenses énergétiques, ce constat est rassurant.

Adapter les politiques localement

Il est cependant important de noter que ces mesures peuvent susciter un sentiment d'insécurité chez une partie de la population, qui ne doit pas être négligé. Les résultats soulignent qu'une approche uniforme est peu efficace : les politiques d'éclairage nocturne doivent être pensées localement, à une échelle fine, au lampadaire près, pour concilier acceptabilité sociale et bénéfices environnementaux.

Des alternatives à l'extinction totale

Enfin, il convient de rappeler que la lutte contre la pollution lumineuse ne se limite pas à l'extinction de l'éclairage public. De nombreuses mesures de réduction - comme l'adaptation de l'intensité ou de la température de couleur - sont souvent mieux accueillies par la population, comme l'illustrent les retours positifs observés à Montpellier.