Une passation historique à Bègles
D'une voix blanche, il avait annoncé les résultats dans l'escalier de l'hôtel de ville de Bègles, dimanche 22 mars, consacrant la victoire de son fidèle opposant Christian Bagate. L'écologiste Clément Rossignol Puech, maire depuis 2017, passera officiellement la main lors du conseil municipal d'installation de la nouvelle majorité, samedi 28 mars à 10 heures. Cet événement marque une première pour Bègles, ville de tradition ouvrière, qui n'avait plus élu de maire sans étiquette depuis la fin des années 1950.
Les raisons d'une défaite
Au surlendemain du second tour, Clément Rossignol Puech analyse les causes de cet échec. « Quand on se prépare à briguer les suffrages, on se prépare à gagner, pas à perdre. Le couperet du vote des électeurs est tombé. Je mesure ma responsabilité, le poids historique, la bascule d'une ville de gauche », confie-t-il. Le maire sortant reconnaît que cette défaite s'inscrit dans l'histoire politique béglaise et qu'elle est « dur à porter ».
Parmi les éléments ayant contribué à ce revers, l'alliance avec la liste de Loïc Prud'homme, le député LFI, n'a pas convaincu l'électorat. « On savait que le rapprochement avec la liste de Loïc Prud'homme, dont la moitié des colistiers n'étaient pas des insoumis, allait poser de nombreuses questions, voire éloigner des électeurs », explique Clément Rossignol Puech. Il ajoute que « vu la façon dont ce parti est clivant, il aurait fallu plus de temps pour l'expliquer ».
Un bilan municipal contrasté
Tout au long de son mandat, le maire écologiste a mis en avant les 85 millions d'euros investis, un record pour la commune, avec notamment :
- La construction de deux nouvelles écoles
- Une cuisine centrale moderne
- Des améliorations significatives des infrastructures
Pourtant, le bilan a semblé pêcher dans le quotidien et la proximité. Les préoccupations des Béglais concernaient principalement :
- L'état des trottoirs
- Les plans de circulation critiqués
- La propreté et le stationnement
« Les riverains veulent moins de circulation de transit, mais pas d'impact sur leurs déplacements, ce qui est impossible. Et ça a joué. La place de la voiture est toujours très importante », reconnaît le maire sortant.
Le poids des réseaux sociaux
Clément Rossignol Puech évoque également l'impact négatif des réseaux sociaux sur sa campagne. « J'ai été victime d'une forme de harcèlement, on peut le dire. Dans les villes où il y a des forums très actifs, très agressifs, ça pèse sur la campagne », déplore-t-il. Il fait notamment allusion à une caricature nauséabonde créée par intelligence artificielle, où il apparaît pendu à une corde. Le maire a déposé plainte pour menace de mort suite à cette publication.
« Moi, ça ne me touche pas. Pour mes collègues, ça a été plus difficile. Mais ce que je redoute, c'est que mes enfants tombent dessus, et ça, je ne pardonne pas », confie-t-il avec émotion.
Un avenir dans l'opposition
Chercheur en nanosciences au CNRS, placé en disponibilité pendant son mandat, Clément Rossignol Puech reprendra bientôt son métier. « J'ai fait ma demande », annonce-t-il. Cependant, il ne quitte pas la scène politique pour autant.
« Bien sûr, je vais siéger au conseil municipal et à la Métropole. Je serai un élu attentif, critique, un garde-fou de la majorité. J'étais le maire des Béglaises et Béglais, je serai l'élu d'opposition de toutes et tous et porterai la voix de l'écologie à la Métropole. Je suis combatif », assure-t-il avec détermination.
Un nouveau chapitre pour Bègles
Christian Bagate, le nouveau maire sans étiquette, prend la tête d'une ville qui connaît sa première alternance politique majeure depuis des décennies. Clément Rossignol Puech, tout en critiquant certaines positions de son successeur, déclare : « Je le redis, je souhaite la réussite à Christian Bagate et son équipe. Je leur souhaite, je nous souhaite, une bonne mandature ».
Cette passation de pouvoir marque un tournant dans l'histoire politique de Bègles, avec l'arrivée d'un maire non encarté dans un parti classé à gauche pour la première fois depuis 1959, lorsque Marcel Bouc, maire gaulliste, avait été battu par le candidat PCF René Duhourquet.



