Pourquoi les vacanciers finissent-ils toujours dans le même bouchon ?
Pourquoi les vacanciers finissent-ils toujours dans le même bouchon ?

Comme chaque année à la même période, Bison Futé voit noir ce samedi sur les routes de France. Cette « malédiction » des départs en vacances, dont les Français se passeraient bien, n'est pas totalement due au hasard. Léa Wester, géographe et directrice associée de 6T bureau de recherche, en explique les mécanismes.

Un phénomène ancré dans l'histoire

Depuis les premiers congés payés de 1936, les Français prennent massivement la route aux mêmes périodes. Les vacances scolaires, les locations qui commencent le samedi, les séjours d'une semaine ou les fermetures d'entreprises concentrent les départs sur quelques journées. Les bouchons ne sont donc pas un accident : ils sont le résultat logique d'une société qui s'organise au même rythme.

« Il y a beaucoup plus de voitures aujourd'hui mais les structures sociétales n'ont pas changé, donc il y a plus de monde sur les routes », explique Léa Wester. Les routes possédant une capacité maximale, lorsqu'elle est atteinte, aucune application ne peut faire apparaître une voie supplémentaire.

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Le GPS, un outil à double tranchant

La technologie n'y change pas grand-chose. Pire, les GPS peuvent parfois devenir victimes de leur propre succès. Si des milliers d'automobilistes reçoivent la même recommandation au même moment, l'itinéraire censé faire gagner du temps finit lui aussi par se saturer. « Des petites communes se plaignent d'ailleurs d'être devenues des voies de délestage des autoroutes depuis l'apparition de ces applications », indique la géographe.

Waze et compagnie ont néanmoins un avantage, celui de la prévisibilité. « On sait combien de temps on va mettre pour aller d'un point A à un point B, ce qui apporte un vrai confort au conducteur, assure Léa Wester. Même s'il y a un bouchon, c'est psychologiquement plus facile à gérer pour l'automobiliste. »

Le mystère du « bouchon fantôme »

Les chercheurs observent également un phénomène fascinant : le « bouchon fantôme » ou l'« effet accordéon ». Aucun accident, aucun chantier, aucun obstacle visible. Juste un conducteur qui freine un peu brusquement. Celui qui le suit ralentit un peu plus, puis le suivant encore davantage. Quelques centaines de mètres plus loin, la circulation est à l'arrêt.

Pour éviter cette absurdité, Léa Wester invite les automobilistes à ralentir leur vitesse globale en cas de forte affluence, car « il y aura ainsi moins d'effet de freinage en chaîne, et donc moins de bouchons ». Mais cela ne fonctionne que si tout le monde joue le jeu.

Personne n'a trouvé la solution miracle

Y a-t-il une solution miracle pour éviter les embouteillages ? A priori, non. Chacun pense pouvoir s'en prémunir en partant plus tôt, plus tard ou en passant par une petite départementale. Mais comme des milliers d'autres automobilistes raisonnent exactement de la même manière, les stratégies individuelles produisent un embouteillage collectif.

La seule façon de vraiment éviter les bouchons serait que tout le monde accepte de partir à des moments différents. Depuis près de quatre-vingt-dix ans de congés payés, la force de l'habitude a ancré des pratiques dont les Français peinent à se détacher.

Alors, si demain les feux passent au rouge sur l'A9, ce ne sera ni la faute de votre GPS ni celle du conducteur devant vous. Ce sera simplement la preuve qu'en matière de vacances, les Français ont une habitude persistante : ils aiment partir ensemble… quitte à patienter ensemble, pendant des heures.

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