Poids lourds : la flambée du pétrole relance l'intérêt pour l'électrique
Poids lourds : le pétrole cher relance l'électrique

La crise pétrolière frappe de plein fouet le transport de marchandises

S'il est un secteur qui souffre particulièrement de la situation internationale, c'est bien le transport de marchandises. Avec des réservoirs de près de 1 000 litres, les poids lourds et leurs propriétaires tirent la langue avec un plein qui avoisine les 2 000 euros depuis l'attaque de l'Iran par les États-Unis et Israël, voici plus d'un mois.

Une situation qui rappelle les débuts de la guerre en Ukraine et qui pourrait se prolonger - ou se répéter - au regard de l'état explosif des relations internationales. L'électrique pourrait alors être une solution. Pourtant, on voit très peu de camions de ce type sur les routes.

L'accompagnement des transporteurs vers l'électrique

Pour en comprendre la raison, nous avons interrogé Nicolas Bach, fondateur de l'entreprise Zetra, spécialisée dans le domaine. « Nous accompagnons les transporteurs et les logisticiens dans la transition électrique de leur flotte », explique-t-il. « Nous proposons des solutions clés en main parce que le parcours est compliqué. Nous essayons donc de faciliter l'adoption de l'électrique. »

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Pour cela, son entreprise développe et exploite des stations de recharge haute puissance qu'on installe au dépôt, et auxquelles elle associe la fourniture d'électricité. « Nous avons une dizaine de stations opérantes actuellement et un portefeuille de 80 stations en développement », précise Nicolas Bach.

Une des solutions consiste à proposer un prix du kWh au pistolet fixe sur la durée du contrat. « Nous développons aussi une formule qui permet d'ajouter une location de camions à la fourniture de stations de recharge, pour inciter les opérateurs à essayer », ajoute-t-il.

Les principaux freins à la conversion électrique

Le premier problème est le coût du camion. « Globalement, un électrique coûte entre 2 et 3 fois plus cher qu'un camion thermique », souligne l'expert. « Il faut ajouter l'installation d'une infrastructure de recharge. Il y a donc un investissement de démarrage significatif sur une énergie que les transporteurs ne maîtrisent pas vraiment. »

Mais on peut rendre l'électrique compétitif. « Le coût au kilomètre d'électricité est moins cher que celui du diesel. Si le camion coûte plus cher à l'achat, en exploitation, il coûte moins cher à opérer », explique Nicolas Bach. « Donc quand on raisonne sur des durées contractuelles de cinq ans, avec les mécanismes de soutien qui ont été mis en place par l'État, on arrive à équilibrer sur beaucoup d'usages le coût complet. »

Cela ne concerne bien entendu pas encore les camions qui partent pour une semaine à l'autre bout de l'Europe, à cause de l'autonomie et de la disponibilité des stations de recharge. « Mais tous les camions qui roulent aujourd'hui entre 300 et 600 kilomètres par jour, et qui reviennent au dépôt la nuit, sont électrifiables dans des conditions compétitives », assure-t-il.

La flambée du pétrole comme accélérateur

La crise en Iran sert de révélateur et montre qu'on est beaucoup trop dépendant du pétrole alors qu'on a beaucoup d'électricité en France. « Les politiques se disent qu'il faut accélérer sur l'électrification de la mobilité et donc du poids lourd pour des raisons évidentes d'indépendance énergétique et de souveraineté énergétique », analyse Nicolas Bach.

Le parc de camions, c'est à peu près 600 000 unités en France. « Il y a 98 % de diesel, donc c'est sûr qu'on ne bascule pas d'un tel parc vers l'électrique sans apporter un soutien », reconnaît-il. « Ce qui est intéressant, c'est que les soutiens mis en place aujourd'hui rendent le camion électrique compétitif. »

Du côté des transporteurs aussi, la guerre en Iran imprime parce qu'ils vivent les prix à la pompe. « On a des propriétaires de camions électriques qui nous disent : 'j'aurais dû en avoir plus'. Mais ils sont contents d'avoir déjà commencé la transformation », rapporte le fondateur de Zetra.

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Il y a une prise de conscience chez les transporteurs, mais ça ne peut pas se faire sans la participation active du gouvernement. La transition vers l'électrique des poids lourds apparaît donc comme un enjeu majeur de souveraineté énergétique, particulièrement dans un contexte international tendu où les prix du pétrole peuvent s'envoler à tout moment.