Le premier Ouigo Train classique entre Bordeaux et Paris : un voyage historique à petit prix
Le 4 avril dernier, le journal Sud Ouest a testé en exclusivité la première liaison Ouigo Train classique entre Bordeaux Saint-Jean et la gare d'Austerlitz à Paris. Ce voyage inaugural de 5 heures et 11 minutes a marqué le lancement d'une nouvelle formule à bas coût de la SNCF, avec des billets à partir de seulement 10 euros l'aller simple.
524 passagers pour un trajet historique
Ils étaient exactement 524 voyageurs à embarquer depuis Bordeaux dans ce train de 14h35. Pour beaucoup, c'était une première expérience à bord de ces anciennes voitures Corail rénovées, dont certaines dataient de 1975, 1977 et 1980. Les plaques insérées dans les marchepieds rappelaient cette histoire ferroviaire, tandis que l'extérieur avait été standardisé aux couleurs Ouigo grâce à un pelliculage autocollant.
Confort basique mais prix imbattable
Le confort était au rendez-vous avec des fauteuils agréables et une climatisation correcte, même si l'absence de rideaux se faisait sentir sous le soleil printanier. En revanche, point de wifi à bord, ce qui a contraint Reda, un passager, à suivre la défaite du Real Madrid sur son smartphone 5G avec quelques coupures. « Franchement, ça va », a-t-il malgré tout assuré, soulignant que la SNCF n'était pas responsable des performances de Kylian Mbappé.
Les défis de l'organisation
L'absence de voiture-bar et de restauration ambulante a surpris certains voyageurs. François, qui voyageait avec sa famille vers Saint-Pierre-des-Corps, a découvert à ses dépens qu'il fallait apporter ses provisions. À l'arrêt d'Angoulême, les trois minutes d'immobilisation se sont révélées trop courtes pour trouver de l'eau, un agent de quai l'ayant dissuadé de tenter l'aventure.
Heureusement, ces mésaventures devraient devenir rares à mesure que les voyageurs prendront l'habitude de cette formule. « C'est le prix », a souri un passager, résumant l'état d'esprit général : pour des tarifs aussi bas, on accepte quelques compromis.
Des occupations variées pour passer le temps
Chacun a trouvé sa manière d'occuper ces longues heures. Jing, étudiante chinoise à l'Université Bordeaux Montaigne, a pratiqué le quilling, un artisanat de bijoux en papier, créant même une paire de boucles d'oreilles aux couleurs de Ouigo. Gloria, une Canadienne, avait téléchargé deux saisons de série, tandis que Meryem, 4 ans, était absorbée par L'âne Trotro.
Dans une autre voiture, une famille bien organisée avait équipé ses trois enfants de smartphones et de casques, compensant l'absence de wifi par un routeur personnel. Seules certaines voitures, d'anciennes premières classes, disposaient de prises électriques.
Un train pour tous les profils
Les tarifs attractifs ont séduit des profils variés. Pour les enfants de moins de 12 ans, le billet est fixé à 5 euros, tandis que les moins de 3 ans voyagent gratuitement avec le tarif Toupti. Eden, 8 mois, a ainsi fait le trajet sur les genoux de sa mère sans coût supplémentaire.
Mehdi, un Toulousain de 18 ans passionné de chemins de fer, a confié : « Le Corail est mon train préféré. Ça berce, il y a le bruit. Généralement, il y a une odeur de moquette. » Sa seule réserve concernait la fréquence : ces Ouigo Train classique ne circuleront normalement que du vendredi au dimanche.
Un succès au-delà des attentes
Avec les montées et descentes aux arrêts intermédiaires (Angoulême, Poitiers, Futuroscope, Saint-Pierre-des-Corps, Les Aubrais et Juvisy), ce sont au total 950 voyageurs qui ont emprunté ce train parti le matin de Paris, dont Hiro, un husky de Sibérie particulièrement apprécié.
Henri, l'un des passagers, comptait même faire une nuit blanche pour revenir par le train du lendemain, avec un départ à 6h35 d'Austerlitz. « J'ai vu qu'il en restait à 10 euros », a-t-il expliqué, précisant qu'il revendrait son billet initial sur Ouigoswap, la plateforme de revente officielle de la SNCF.
Perspectives d'avenir
Mélissa, une voyageuse belge, a poursuivi son trajet jusqu'à Bruxelles le 5 avril par un Ouigo Train classique également, cette formule existant entre les deux capitales depuis 2024. Son second trajet lui est revenu à 29 euros, confirmant l'attractivité de cette offre.
La SNCF prévoit d'améliorer progressivement le matériel roulant. Les 42 voitures passagers utilisées pour les Ouigo Train classique seront entièrement rénovées au technicentre de Tergnier dans les Hauts-de-France, avec l'ajout systématique de prises électriques et USB. Une première voiture a déjà été transformée, annonçant une seconde jeunesse pour ces trains mythiques.



