Les travaux des lignes nouvelles ferroviaires à grande vitesse au sud de Bordeaux démarreront-ils un jour ? Il faut jongler avec les déclarations contradictoires des gouvernements successifs pour se faire une opinion. Depuis les années 1990, le projet hoquette. Les partisans de la LGV vont s’agripper aux déclarations de Sébastien Lecornu comme un alpiniste à un piolet. Les lignes nouvelles du Sud-Ouest (LNSO) entre Bordeaux, Toulouse et Dax vont-elles voir le jour ? Oui, si on se fie aux paroles du Premier ministre datées du 7 mai 2026. Le chef du gouvernement a confirmé « l’irréversibilité » du projet. Prudence. L’ex-Premier ministre Jean Castex avait déjà annoncé en 2022 « que plus personne ne pourrait débrancher la prise ». Cela n’a pas empêché Bercy de préconiser l’abandon du projet trois ans plus tard. Sans la pression intense des élus régionaux et du nouveau maire de Bordeaux, l’épais dossier aurait pu finir à la broyeuse. Depuis quarante ans, les feux clignotent, les barrières se lèvent et se baissent.
Macron change d’avis
Le choix de privilégier un trajet depuis Paris passant par Bordeaux, plutôt que par Limoges, est fait en 1990. En juin 2009, Michèle Alliot-Marie, alors ministre de l’Intérieur, demande l’arrêt des études au Pays basque. Le tracé définitif est dévoilé en 2013. Le projet final prévoit la construction d’un tronc commun depuis Bordeaux jusqu’au sud de la Gironde, d’où partirait la LGV vers l’Espagne, et la LGV Bordeaux-Toulouse avec deux gares nouvelles près d’Agen et Montauban. Les premières alertes sur les difficultés de financement remontent à 2013. Archives SO La première alerte sur le financement de la LGV remonte à 2013. Le Premier ministre de François Hollande, Jean-Marc Ayrault, annonce qu’il n’y aura plus de nouvelles LGV, excepté la Bordeaux-Toulouse, « à l’horizon 2025 ». En 2015, malgré l’avis négatif de la commission d’enquête, le gouvernement de Manuel Valls donne son feu vert. La déclaration d’utilité publique (DUP) est signée en 2016 par Alain Vidalies, alors secrétaire d’État aux Transports. Le début de la guérilla devant les tribunaux. Les recours des associations anti-LGV pleuvent, ils sont rejetés un par un.
Virage à 180 degrés en 2017 après l’élection d’Emmanuel Macron. Le ministre de l’Écologie Nicolas Hulot et la ministre des Transports Élisabeth Borne mettent un coup de frein aux financements de nouvelles LGV. En 2018, le rapport Duron du Conseil d’orientation des infrastructures (COI) recommande de privilégier la régénération du réseau historique. Le Grand projet du Sud Ouest (GPSO puis LNSO) a du plomb dans l’aile. La LGV Bordeaux-Toulouse est scindée en deux phases. La ligne Bordeaux-Dax disparaît des objectifs à vingt ans.
Jean Castex relance la machine
En 2021, en pleine campagne pour les élections régionales, le Premier ministre Jean Castex remet du charbon. Emmanuel Macron valide la création d’une société de projet (SGPSO) permettant aux collectivités de créer les taxes LGV. La convention de financement officialise le devis final : 14 milliards d’euros à partager entre les collectivités (40 %), l’État (40 %) et l’Europe (20 %). En 2023 et 2026, le Conseil d’orientation des infrastructures, dont l’avis n’est que consultatif, réitère ses préconisations : les grands projets ne sont plus prioritaires. En 2025, deux chantiers sont lancés au sud de Bordeaux (AFSB) et au nord de Toulouse (AFNT). Le coup d’envoi officiel ? Pas encore. Il faudra encore attendre la signature de l’avenant au plan de financement (2026 ?), l’attribution de tous les marchés (2027 ?) et la purge de tous les recours pour enfin lever les barrières.



