Le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM) a revendiqué deux attaques meurtrières contre des localités du centre du Mali, sur fond de crise sécuritaire persistante. Les djihadistes ont annoncé avoir visé des miliciens pro-gouvernementaux. Plus de 30 personnes ont été tuées mercredi 6 mai dans ces attaques quasi simultanées contre les localités de Kori Kori et Gomossogou.
Un bilan lourd et des témoignages anonymes
« C'est une tragédie. Le bilan est de plus de 35 morts, dont 25 dans la localité de Kori Kori et 10 à Gomossogou. Il s'agit d'attaques quasi simultanées », a affirmé un responsable local de la jeunesse qui a préféré garder l'anonymat pour raisons de sécurité. Deux sources, sécuritaire et administrative, ont chacune communiqué un bilan de plus de 30 morts. Wamaps, un collectif de journalistes ouest-africains spécialisés dans les questions sécuritaires au Sahel, a établi un « bilan provisoire » de « plus de 50 villageois » tués et d'autres « encore portés disparus ».
Revendication et opérations militaires
Jeudi, l'armée malienne a dit de son côté avoir mené « une opération ciblée contre les groupes armés terroristes » dans la zone, qui a « permis de neutraliser (tuer) une dizaine de terroristes », dans un communiqué qui ne donne pas plus de détails. Les attaques de mercredi ont été revendiquées jeudi par le JNIM, qui dit avoir visé des miliciens pro-gouvernementaux.
« L'attaque a été perpétrée en représailles à des actes commis par la milice Dan Nan Ambassagou. Les victimes sont majoritairement des miliciens. Mais il y a également des adolescents et des enfants », a expliqué la source sécuritaire. Cette milice, composée majoritairement de chasseurs traditionnels dogons, a été dissoute par les autorités après avoir été accusée d'avoir commis un massacre dans un village du centre, Ogossagou, en mars 2019, où 160 personnes avaient péri. En réponse à la prolifération des violences dans le centre du Mali, des groupes proclamés d'autodéfense s'étaient constitués, dont le plus connu est Dan Nan Ambassagou.
Selon Wamaps, lors des attaques de mercredi, des « villages ont été pillés et certaines concessions ont été incendiées ». « Outre ce lourd bilan humain, les assaillants ont perpétré d'importantes destructions matérielles, incendiant des habitations et des céréales appartenant aux populations », a précisé une source au gouvernorat de Bandiagara.
Une situation sécuritaire dégradée
Cette nouvelle tuerie survient après les attaques coordonnées d'ampleur menées les 25 et 26 avril par le JNIM, allié à Al-Qaïda, et la rébellion du Front de libération de l'Azawad (FLA), à dominante touareg, contre des positions stratégiques de la junte dans plusieurs localités, jusqu'en périphérie de la capitale Bamako. Plusieurs villes et localités du Nord sont désormais sous le contrôle des djihadistes et de leurs alliés du FLA. Le ministre de la Défense Sadio Camara, 47 ans, un des piliers de la junte, a été tué dans un attentat-suicide à Kati, fief du régime proche de Bamako, dans ces attaques qui ont fait au moins 23 morts, selon une source hospitalière.
Le Mali est confronté depuis 2012 à une profonde crise sécuritaire, nourrie notamment par les violences de groupes djihadistes affiliés à Al-Qaïda et à l'organisation État islamique (EI), mais aussi par les attaques des indépendantistes touaregs et de groupes criminels communautaires. Les djihadistes du JNIM ont appelé le 30 avril à un large « front commun » pour « mettre fin à la junte » au pouvoir, en vue d'« une transition pacifique et inclusive » au Mali, dirigé depuis 2020 par des militaires après un double coup d'État.



