Crise du kérosène : les compagnies aériennes annulent des milliers de vols face à la flambée des prix
Crise du kérosène : annulations massives de vols aériens

La crise du kérosène déclenche une vague d'annulations de vols dans le monde entier

La semaine dernière, la compagnie aérienne scandinave SAS a annoncé la suppression d'au moins 1 000 vols pour le mois d'avril. Cette décision radicale fait directement suite à la situation géopolitique en Iran, qui perturbe considérablement le marché du kérosène. Le PDG d'SAS, Anko van der Werff, a justifié cette mesure en révélant que le prix du carburant d'aviation « a doublé en seulement dix jours ». Déjà, en mars, la compagnie avait discrètement annulé plusieurs centaines de vols sans communication officielle.

Pour l'instant, les suppressions concernent principalement les vols domestiques en Norvège ainsi que les très courtes liaisons vers la Suède et le Danemark. Ces trajets sont identifiés comme les moins rentables financièrement pour l'entreprise. Bien que ces 1 000 vols annulés puissent paraître anecdotiques face aux 800 vols quotidiens opérés par SAS, ils illustrent une tendance de fond qui traverse l'ensemble du secteur aérien.

Une tendance mondiale : United Airlines et Vietnam Airlines suivent le mouvement

Le géant américain United Airlines a également annoncé une réduction de 5 % de son nombre de vols. Là encore, les lignes les moins profitables sont ciblées, notamment les vols de nuit et ceux en milieu de semaine, qui connaissent une fréquentation plus limitée. De son côté, Vietnam Airlines a pris la décision de suspendre pour une durée indéterminée sept lignes domestiques, jugées insuffisamment rentables.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Même en cas de réouverture totale du détroit d'Ormuz, les conséquences sur le prix des carburants se feront ressentir pendant plusieurs mois. Il faudra en effet du temps pour que les pays du Golfe, dont la plupart ont mis leur production à l'arrêt, retrouvent leur niveau de production d'avant-conflit. De plus, le prix du kérosène, qui nécessite plusieurs passages en raffinerie, est beaucoup plus sensible aux fluctuations que celui du pétrole brut.

L'Asie, région la plus vulnérable face à la pénurie de carburant

« La pénurie d'essence va surtout se concentrer sur l'Asie », affirme Xavier Tytelman, expert en aéronautique. Entre 84 % et 90 % du pétrole brut transitant par le détroit d'Ormuz est destiné à l'Asie. De nombreux pays asiatiques disposent de stocks inférieurs à 90 jours, contrairement à l'Union européenne, qui compte des réserves de plusieurs mois et un parc énergétique moins dépendant, une situation similaire à celle des États-Unis.

Ben Smith, directeur général d'Air France-KLM, a déclaré au Financial Times : « L'Asie du Sud-Est est beaucoup plus dépendante du carburant acheminé via le Golfe que l'Europe. Nous pouvons nous approvisionner en carburant en Europe, mais lorsque nous atterrissons dans une ville d'Asie du Sud-Est, nous ne pourrons pas faire repartir l'avion… Sans carburant, impossible de voler ».

Une hausse généralisée des prix des billets d'avion

« La plupart des avions, hors Asie, ne devraient pas manquer de kérosène, juste en avoir pour plus cher », estime Xavier Tytelman. Le scénario le plus probable est une augmentation générale des prix des vols, et donc des billets. Certaines lignes, « qui ne génèrent actuellement que 1 ou 2 % de marge », pourraient ne pas survivre à cette hausse.

« Si les prix deviennent trop prohibitifs sur certaines liaisons, ces dernières seront mises à l'arrêt un temps, comme on le voit déjà », explique Bertrand Vilmer, expert en aéronautique au sein du cabinet Icare. Une autre solution envisagée est de réduire le nombre de vols quotidiens vers une destination, afin de maximiser le taux de remplissage des avions restants et de restaurer la rentabilité des vols.

Mariane Renaux, experte aéronautique, ajoute : « S'il devient trop cher, l'avion sera délaissé au profit d'autres modes de transport ou d'autres destinations. La voiture ou le train, souvent plus chers actuellement pour les voyages en Europe ou en France, seront ainsi privilégiés en cas de croisement des courbes de prix ».

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Les vols long-courrier : à la fois gagnants et perdants de la crise

Sur les vols long-courriers également, les prix pourraient exploser. Air France a déjà annoncé des augmentations automatiques comprises entre 50 et 100 euros. Paradoxalement, ces vols sont nettement plus rentables pour les compagnies grâce à des coûts fixes plus facilement amortis par la durée du vol. Les phases de décollage et d'atterrissage, très gourmandes en carburant, les taxes aéroportuaires ou la durée au sol sont pratiquement identiques qu'il s'agisse d'un long-courrier ou d'un vol domestique.

« Certaines lignes aériennes vont se redessiner, avec une diminution des lignes les moins rentables, et plus de vols vers les destinations phares et les plus populaires », estime Xavier Tytelman. Norwegian, une compagnie aérienne norvégienne, a récemment annoncé l'ajout de 120 nouveaux vols entre les pays nordiques et des destinations ibériques.

Vers une multiplication des escales pour maintenir la rentabilité

Les experts imaginent également une augmentation du nombre d'escales. Par exemple, il pourrait devenir impossible de réaliser un vol direct Paris-Lima pour atteindre le Pérou, nécessitant plutôt un trajet Paris-New York suivi d'un New York-Lima, en raison d'une rentabilité insuffisante sur le vol direct. « Les compagnies aériennes ne vont pas d'elles-mêmes se saborder en annulant en masse leurs vols », nuance Iza Badin, experte en aviation, même si cela implique de réduire au maximum leurs marges.

Le choc économique risque toutefois d'être significatif. « Si les prix se maintiennent à ce niveau, cela représenterait 11 milliards de dollars de dépenses supplémentaires par an pour le kérosène. À titre de comparaison, lors de la meilleure année de l'histoire de United Airlines, nous avons réalisé moins de 5 milliards de dollars de bénéfices », a souligné Scott Kirby, PDG de la compagnie américaine.