Une explosion de la fréquentation des espaces : sur la plage de la Maïre à Sérignan, la délicate cohabitation entre hommes et oiseaux en pleine nidification
Presque chaque jour, Yann Geshors, coordinateur de l’association Sauvegarde Hérault Littoral, arpente la plage de la Grande Maïre à Sérignan pour sensibiliser les visiteurs à la fragilité du site lagunaire. Deux espèces d’oiseaux migrateurs protégées ou vulnérables, les gravelots à collier interrompu et les sternes naines, y sont en pleine période de nidification. Au-dessus des dunes, les piaillements se multiplient. Une cohorte de sternes naines attaque une corneille, tentant de la faire fuir. « Elles le harcèlent », souligne Yann Geshors.
Paire de jumelles en bandoulière, longue-vue sur trépied prête à être installée, il veille sur la plage de la Grande Maïre. Chaque jour ou presque, en infatigable sentinelle de la nature, il effectue un « maraudage pédagogique » et va à la rencontre des usagers. Cette plage abrite une lagune classée en zone Natura 2000, ce qui en fait un site propice à la nidification de certaines espèces d’oiseaux. Chaque année, au printemps, les Agglos de Béziers et Agde installent des filets pour délimiter un vaste espace formellement interdit à quiconque. L’objectif : préserver la tranquillité des gravelots à collier interrompu et des sternes naines qui déposent leurs œufs à même le sable. « On estime que 10 % de la population française de gravelots est dans l’Hérault, dont une grosse majorité entre Portiragnes et Sérignan grâce aux actions de protection », explique ce passionné.
« On la faisait courir, il faut qu’elle perde du poids »
En dehors de la zone sanctuarisée, un couple promène sa chienne sans laisse. Yann Geshors va à leur rencontre : « Vous savez que c’est interdit ». « J’ai pas vu, excusez-nous. On la faisait courir, il faut qu’elle perde du poids », sourit Isabelle, aux côtés de Christian. Ces anciens habitants de région parisienne se sont installés à Sauvian il y a quelques mois seulement. « Vous savez, les oiseaux ne restent pas uniquement dans le périmètre délimité par les filets. Et ils nichent en ce moment… » Pour sensibiliser les publics, le naturaliste montre à quoi ressemblent les œufs de gravelots. Il présente une reproduction de ces petits œufs couleur sable, quasi-indistinguables dans le sable. Il souligne leur fragilité et leur vulnérabilité face à un animal ou aux piétinements d’un homme. « On comprend très bien. On pensait que cette plage était faite pour les chiens, on en avait vu pleins, on ne savait pas. Mais il n’y a pas de souci. » Daisy, le chihuahua, est tout de suite rattachée.
« Il ne faut pas opposer protection de la nature et économie »
L’action de l’association s’inscrit dans la sensibilisation et la pédagogie. Mais les gardes du littoral peuvent dresser des amendes (135 € si un chien n’est pas tenu en laisse) et saisir le procureur de la République si un individu est surpris dans le périmètre interdit, qui est d’ailleurs surveillé par des caméras. Ce dernier risque alors des poursuites. « Ces oiseaux sont fidèles à leur site de reproduction. Cette année n’est pas une bonne année. On sait que les corneilles mangent les œufs », a constaté Yann Geshors, qui n’a vu éclore qu’une poignée de poussins pour le moment, et en dehors de la zone délimitée. « D’une manière générale, nos messages sont très bien reçus. Il faut expliquer les mesures pour qu’elles soient acceptées. » La tâche reste immense, répétitive. Et la saison ne fait que commencer. « Mais il ne faut pas opposer protection de la nature et économie », nuance l’écologiste, conscient des enjeux. Simplement, proposer des solutions, dit-il. « C’est de plus en plus compliqué », estime-t-il, notamment en raison de l’allongement de la saison : « On a une explosion de la fréquentation des espaces en mai alors que c’est la période la plus sensible, celle de la première ponte. » Pour lui, la meilleure stratégie serait de développer davantage l’écotourisme. « Unis, on est plus fort. »
Que faire si l’on découvre des œufs sur la plage ?
En cas de découverte d’œufs ou de poussins sur la plage de la Maïre, il ne faut pas les approcher et surtout ne pas intervenir. Il est possible de contacter l’association Sauvegarde Hérault Littoral au 07 68 98 49 34. Par ailleurs, la structure a créé une carte interactive recensant les réglementations d’accès aux plages pour les chiens et les chevaux : zones autorisées, interdites, conditions d’accès, obligation de laisse, sanctions encourues.



