Saintes, un voyage dans le temps
À Saintes, chaque pierre raconte une histoire dont l'origine remonte à l'époque gallo-romaine. Sans pour autant faire un musée de cette ville où il fait bon vivre, il est des lieux dont on ne mesure pas la densité de l'histoire, l'étendue du patrimoine et tout simplement la douceur de vivre avant d'y avoir passé un peu de temps. C'est le cas de l'ancienne colonie romaine Mediolanum, ou « ville du milieu », un qualificatif qui garde encore tout son sens aujourd'hui, même si Saintes tire désormais son nom de l'étymologie de la peuplade gauloise des Santons. Cette Ville d'art et d'histoire de près de 27 000 habitants a la particularité de nous faire « changer de siècle quand on change de trottoir », résume Cécile Trébuchet, présidente de l'association de préservation du patrimoine Médiactions, guide-conférencière et artiste peintre à ses heures perdues.
Capitale d'Aquitania
Mediolanum fut capitale de la grande province romaine Aquitania sous l'ère de l'empereur Auguste (63 avant J.-C. – 14 après J.-C.). On entrait dans la ville par l'arc de Germanicus, à deux arches (pour les deux sens de circulation), toujours visible aujourd'hui, même s'il a été déplacé en 1843. La cité devançait alors Burdigala (Bordeaux), ce qui explique l'exceptionnelle collection lapidaire des Ier et IIe siècles qui est parvenue jusqu'à nous… et qui attend son musée. L'arc dédié à Tibère (érigé en 18-19 après J.-C.) marquait l'entrée de la ville à l'époque romaine. Il fut décalé d'une trentaine de mètres en 1843.
Amphithéâtre gallo-romain
Le plus impressionnant édifice de la période gallo-romaine est sans conteste l'amphithéâtre. Il s'agit d'« un des plus vieux amphithéâtres romains de Gaule et l'un des plus rudimentaires », signale notre guide, qui se réjouit de sa prochaine rénovation, grâce notamment au Loto du patrimoine de Stéphane Bern. « Ce prototype singulier de par son architecture qui utilise un vallon naturel dans lequel s'emboîtent 31 à 35 gradins, pouvant accueillir de 15 000 à 20 000 spectateurs, servait à l'époque la suprématie politique. »
Basilique Saint-Eutrope
Depuis l'amphithéâtre, en empruntant le chemin du Vallon, qui longe des jardins privés, on arrive en cinq minutes au pied de la basilique Saint-Eutrope (XIe-XVe), dotée d'un trait architectural rare : la superposition de deux édifices. L'église funéraire, ou église basse, la plus ancienne, et l'église haute, dont le clocher gothique flamboyant se voit de loin. « Le tombeau de saint Eutrope, le deuxième plus important après saint Jacques dans les citations du Codex Calixtinus, a fait la richesse de la ville au Moyen Âge », poursuit la conférencière. Le tombeau est situé dans la partie basse de l'édifice, souvent appelée à tort « crypte », dont l'arc surbaissé des voûtes porte la totalité du poids des deux églises. Une véritable prouesse technique.
Abbaye aux Dames
Si les chapiteaux historiés de Saint-Eutrope ont influé sur l'art roman saintongeais, l'abbaye aux Dames, sur l'autre rive de la Charente, en est le joyau. Mais « c'était surtout le premier monastère bénédictin pour femmes de la Saintonge, retrace Cécile. Un État dans l'État où 30 abbesses issues de la noblesse se sont succédé sur 742 années de vie. » L'abbaye aux Dames, fondée en 1047, ancien monastère de bénédictines, est devenue une cité de la musique. Le lieu est devenu une cité de la musique, à découvrir casque sur les oreilles au rythme d'une histoire émaillée d'extraits musicaux. Avec comme point d'orgue un carrousel musical dont la forme en pomme de pin fait écho à celle du clocher. Ici pas de chevaux de bois à enfourcher : petits et grands participent à la création d'une œuvre musicale orchestrée par un chef peu ordinaire.
Flâneries dans la vieille ville
Au fil des siècles, Saintes se construit et se reconstruit à l'intérieur de son rempart qui borde la Charente. L'actuel centre historique piétonnier, dans lequel il fait bon flâner, correspond à l'ancien tracé des remparts. Au XVIe siècle, une ordonnance royale d'alignement visant à assainir l'intra-muros médiéval a redonné de la lumière à la ville. Une lumière qui, par beau temps, éclabousse les yeux en se réfléchissant sur les façades blondes. Cette pierre claire tirée des carrières de calcaire de Crazannes signe l'identité de cette ville parsemée de placettes. Les lourdes portes des maisons de maître dissimulent des jardinets et des traces du passé. Laurence Dune a tenu à ouvrir sa bâtisse du XVIIIe siècle, et son jardin, en la convertissant en maison d'hôtes, salon de thé et concept store. Autre havre de paix, le cloître de la cathédrale. Il a récemment été rendu au public, après travaux. On s'y pose après l'effervescence du marché de plein air qui se tient les mercredi et samedi matin sur le parvis de la cathédrale Saint-Pierre, remarquable par son clocher-porche.
Une zone Natura 2000 en centre-ville
Les Saintais préfèrent prendre le café ou déguster un verre de vin avec une douzaine d'huîtres sur la terrasse du marché couvert, qui surplombe la Charente face au Jardin public. Ce grand espace vert au bord de l'eau est prolongé en amont par la prairie de la Palu, une zone Natura 2000 en plein centre-ville, où l'on peut observer une multitude d'espèces végétales et animales. Car Saintes donne aussi l'impression d'être à la campagne en ville. Pour s'en convaincre, il suffit de naviguer à bord de l'une des embarcations qui circulent sur le fleuve. En cinq minutes, la physionomie des rives change et la nature reprend ses droits. On entrevoit ici un héron décoller, là un martin-pêcheur piquer devant le bateau. Douceur de vivre, ne vous disait-on pas ?
Carnet d'adresses
À voir, à faire
- L'amphithéâtre gallo-romain : toute l'année, visites libres ou guidées, animations estivales. Ouvert du 1er octobre au 30 avril du mardi au samedi de 10h à 12h30 et de 13h30 à 17h, dimanche de 14h à 17h30. Fermé lundi. 4€.
- L'abbaye aux Dames : plusieurs options de visite dont les Voyages sonores, l'audioguide classique, le carrousel musical. Ouvert du 1er octobre au 19 décembre du lundi au samedi de 14h à 18h. Adultes : de 2 à 10€. Enfants : de 2 à 9€. Gratuit -6 ans. www.abbayeauxdames.org
- Église Saint-Eutrope : accès libre de 8h30 à 18h en hiver.
- Visites guidées de Saintes : guides-conférencières associées du réseau « Toute une histoire ». Coordinatrice : Cécile Trébuchet. Tél. 06 82 50 86 46. heritage.asso17@gmail.com ; heritage.asso.fr
- Office de tourisme : www.saintes-tourisme.fr ; www.infiniment-charentes.com
- Le marché : sur le parvis de la cathédrale, mercredi et samedi matin.
- Balade sur la Charente : gabarre, bateaux électriques à louer. Le « Bernard Palissy III » fonctionne à l'électricité. D'avril à octobre, croisières à partir de 19,50€. Place Bassompierre, 17100 Saintes. www.croisieres-palissy.fr
Où manger
- Saveurs de l'abbaye : cuisine moderne, Bib gourmand. De 20€ à 34€. Fermé dimanche et lundi. 1, place Saint-Pallais. Tél. 05 46 94 17 91. www.saveurs-abbaye.com
- Clos des cours : cuisine de saison twistée. Formules de 18,50€ à 55€. 2, place du Théâtre. Tél. 05 46 74 62 62. www.closdescours.com
- Chez Émilie : huîtres et homard grillé sur la terrasse du marché. Place Saint-Pierre. Tél. 06 61 98 88 41. Facebook Chez Emilie bar à huîtres
- La Musardière : salon de thé, restaurant-galerie, cuisine méditerranéenne. 29, rue Alsace-Lorraine. Tél. 05 46 74 34 87. Ouvert du lundi au samedi de 10h à minuit. www.lamusardiere-saintes.fr
Où dormir
- L'hôtel Les Chambres de l'abbaye : anciennes cellules de nonnes, 33 chambres. De 69 à 100€. L'abbaye aux Dames. Tél. 05 46 97 48 33. www.abbayeauxdames.org/hotel-les-chambres-de-labbaye/
- La Belle Étoile : maison d'hôtes avec salon de thé, ateliers. Chambres à partir de 70€, petit-déjeuner inclus. 20, rue Saint-Eutrope. Tél. 05 46 95 96 59. www.belle-etoile-saintes.com



