Un aficionado de longue date
Rudy Ricciotti, architecte de renom et aficionado, a signé en 2026 l’affiche des ferias de Nîmes. Il nous livre sa vision de la corrida, avec une gravité qui tranche avec l’image souvent festive de cet événement. Interrogé sur sa passion, il confie avoir dépassé les mille corridas en trente ans, soit une dizaine par an. « À l’époque, je me déplaçais beaucoup : à Séville, aux Saintes-Maries-de-la-Mer… Maintenant, je ne vais plus qu’à Nîmes et Arles. Mais je ne me limite pas aux corridas ; je vais aussi voir les novilleros », précise-t-il.
Souvenirs d’adolescence
Il se remémore ses premières corridas, à l’adolescence, lorsqu’il habitait à Port-Saint-Louis-du-Rhône. « Ados, on allait en mobylette à Arles depuis Port-Saint-Louis. Je piquais une veste à mon père que j’enfilais sur mon tee-shirt déchiré et on partait à fond la caisse, la tête dans le guidon. On se prenait les moustiques en pleine figure. On se payait les places au dernier rang. Des fois, on attendait de ne pas payer, parce qu’ils laissaient accéder les jeunes à la moitié de la corrida. Donc on se mettait en haut, on fumait des clopes en regardant la corrida debout. On se prenait pour des hommes… » Ce qui l’a marqué ? « L’ampleur de l’arène antique, l’écho populaire, cette grandeur de l’espace public qui a peut-être quelque chose à voir avec le fait que je sois devenu architecte. »
Une passion empreinte de gravité
Pour Rudy Ricciotti, la corrida n’est jamais un divertissement léger. « La corrida ne m’a jamais fait rire. Je n’ai jamais sifflé un toro, ni un torero. Si ! La présidence, je siffle, je vocifère, je crie. Parce qu’il faut célébrer. Si on ne célèbre pas en donnant des oreilles, c’est le spectacle que l’on détruit. Je préfère une oreille de trop qu’une oreille de moins. En revanche, il y a une part de crétinisme à laquelle je n’arrive pas à m’habituer. Avec ceux qui vont siffler le toro s’il n’a pas été brave. Il est mort le toro ! Est-ce que toi tu sifflerais un militaire mort au combat ? »
Les toreros qui l’ont marqué
Parmi les toreros qui l’ont profondément touché, il cite Morante de Puebla, « mais c’est banal de dire ça ». Celui qui lui a procuré de grandes émotions de manière répétée est Sébastien Castella. « Il a un toreo du silence, immobile au milieu de la piste. Avec lui, j’ai appris le rôle civilisationnel de la grâce et du silence. » Il évoque aussi Javier Castaño, lors de son solo contre six Miura à la Pentecôte 2012. « Il était épuisé. Ça a été la métaphysique. Je me suis posé des questions existentielles. » Enfin, José Tomas, et son seul contre six lors des Vendanges 2012. Il se souvient d’une scène d’indulto : « Tomas accepte les acclamations, tourne le dos au toril. C’était risqué. Le toro aurait encore pu charger. Et là, le toro le regarde et on a l’impression qu’il se dit : “Mais qui est ce mec, qui est cette créature ?”. Il ne le charge pas. Il le regarde longuement puis rentre tranquillement au toril. Et il dit “On va en rester là, toi et moi”. »
Des moments d’accablement et de larmes
Pour Rudy Ricciotti, ces grands moments ne sont pas des moments de plaisir. « Non, bien sûr. Cela m’accable. Je ne prends pas un plaisir jovial en allant aux arènes. Ça m’arrive aussi de pleurer. Avec Tomas, j’ai pleuré. La corrida, pour résumer, d’abord ne me fait pas rire, ensuite me passionne, enfin, je trouve que c’est un spectacle métaphysique. »
Exposition et dédicace
Rudy Ricciotti exposera ses études pour l’affiche de la feria sur le Mur Foster de Carré d’art du 19 mai au 14 juin. Le vernissage aura lieu le vendredi 22 mai à midi. Il signera l’affiche de la feria le samedi 23 à 15 h 30 à la librairie de Carré d’art.



