Narbonne, sous-préfecture de l'Aude avec 58 000 habitants, est la ville la plus peuplée du département. Surnommée la « petite Florence » du Languedoc, elle dévoile ses trésors patrimoniaux et architecturaux aux visiteurs. Entre la cathédrale, les jardins de l'évêché, l'Horreum, les Halles et le canal de la Robine, les découvertes sont étonnantes. Urbaine et littorale, Narbonne a conservé son histoire tout en construisant son avenir.
Un territoire étendu entre Méditerranée et Corbières
Étendue de la Méditerranée aux Corbières maritimes, sur près de 18 000 hectares, Narbonne affiche le plus grand territoire communal du département de l'Aude, au cœur du parc naturel régional. De ses plages au Roc de Fontfroide, l'écart de 287 mètres d'altitude permet de distinguer d'un côté le massif de la Clape, et de l'autre le massif de Fontfroide, plus communément nommé Corbières.
Choisie pour être un carrefour stratégique d'échanges à l'embouchure de l'Aude, les Romains y construisent un système portuaire et font de Norbo Martius le second port de Méditerranée après Rome. Plus tard, en 45 avant J.-C., Jules César, en installant ses légionnaires, en fit une capitale de province qui incluait La Clape, Saint-Martin, Sainte-Lucie, Leucate et même Gruissan. Le tout formant l'un des ports antiques les plus importants de Méditerranée nord-occidentale.
De Jules César à l'émir de Cordoue
Deux siècles durant, la population estimée à 35 000 habitants y vivait paisible, jusqu'à sa destruction en 145 par un incendie accidentel. Un déclin qui fut suivi par de grandes batailles. Devenue un temps capitale des Wisigoths, en 719 elle est assiégée par les troupes musulmanes du califat de Damas, les Omeyyades venues d'Espagne, et sera durant une quarantaine d'années le chef-lieu d'une province de l'émirat de Cordoue. La tentative de reprise par les Francs menée par Charles Martel sera un échec ; ce n'est qu'en 759 que son fils, Pépin le Bref, reprendra la ville. Un épisode qui marque la fin des invasions sarrasines menées depuis l'Andalousie vers la Gaule narbonnaise.
Jusqu'à la fin du Moyen Âge, Narbonne est gouvernée par archevêques et vicomtes successifs, et des édifices religieux sont en construction. À commencer par l'abbaye Sainte-Marie de Fontfroide, une merveille cistercienne et bénédictine, implantée dans un massif forestier protégé situé juste derrière le quartier des Roches Grises. Rattachée à l'ordre cistercien en 1145, ce fut l'une des abbayes les plus riches du sud de la France.
Puissance et gloire architecturales
D'autres monuments sont construits, dont la basilique Saint-Paul sous Charlemagne, connue par tous les Compagnons du tour de France pour sa fameuse « grenouille de bénitier ». Il se dit que ce batracien aurait aidé Saint-Paul-Serge à évangéliser la ville. Mais le plus spectaculaire est le palais des Archevêques, construit entre le XIIIe et le XIVe siècle. Deux particularités sont à relever : le style gothique champenois choisi sur cette terre romane, et le palais politique avec le donjon Gilles Aycelin, accolé à la bâtisse religieuse, dont le passage s'effectue par le cloître et l'étroit passage de l'ancre, une spécificité que l'on retrouve au Palais des papes d'Avignon. En empruntant le chemin de ronde de la plateforme (140 marches), les visiteurs sont soufflés par le panorama sensationnel sur la ville, la plaine, le massif de la Clape, les étangs et la chaîne pyrénéenne.
Incontournable également la cathédrale Saint-Just-Saint-Pasteur, qui présente des caractéristiques incroyables. À commencer par son orgue, l'un des plus impressionnants d'Europe (25 mètres de hauteur, 12 de large, 8 de profondeur), et sa voûte impressionnante mesurée à 41 mètres, la quatrième de France. Notons qu'en 1982, la communauté pied-noir de Narbonne a offert les cloches de l'église Sainte-Marcienne d'Alger (en l'honneur de la martyre Marcienne de Dellys) ainsi qu'une réplique de la vierge noire d'Oran.
L'embarras du choix pour les visiteurs
Narbonne invite à la découverte et à la douceur de vivre, selon les envies. Des billets combinés sont disponibles pour les entrées : le musée Narbo-via, le palais-musée des archevêques, le parcours d'art au palais neuf au 2e étage pour découvrir le faste des appartements de l'époque, et une exposition de faïences uniques au monde. Passionnant également : l'Horreum, qui n'est pas un musée des horreurs mais un entrepôt parfaitement conservé, expliquant les judicieuses techniques de construction romaines.
En flânant, les visiteurs peuvent se promener sur les berges de la Robine et passer sur la passerelle du pont des marchands. Un moment de plaisir est assuré aux Halles (Cours Mirabeau), dans ce pavillon de style Baltard aux étals de saison et bistrots conviviaux. Enfin, les fans du « fou chantant » peuvent visiter la maison natale de Charles Trénet (1913-2001), en fredonnant « la mer qu'on voit danser le long des golfes clairs ».



