Le Festival des Templiers à Millau, événement phare du trail mondial, s’est conclu sur un succès. Son fondateur, Gilles Bertrand, revient sur cette 32e édition en insistant sur la nécessité de préserver l’âme de la course tout en maîtrisant son développement. Visibilité télévisuelle, attractivité des élites, lutte antidopage, maîtrise de l’impact environnemental et retombées économiques : il défend un modèle singulier, à la croisée de la performance sportive et de l’engagement territorial, avec une conviction : la réussite des Templiers se mesure autant à la qualité de la course qu’à la fierté qu’elle suscite chez les Millavois.
Une satisfaction mesurée et une ouverture médiatique
Interrogé au moment de dresser le bilan, Gilles Bertrand exprime d’abord sa satisfaction : « Tout s’est bien passé et nous sommes heureux du résultat. Mais nous ne voulons pas nous glorifier à 100 %. Il y a toujours des choses à améliorer. Aller plus loin ne signifie pas nécessairement faire quelque chose de plus spectaculaire ou de plus visible. Les progrès se jouent aussi en interne, dans la gestion, l’organisation et l’utilisation des nouvelles technologies. C’est un travail permanent, à tous les niveaux. »
Cette année, l’événement a bénéficié d’une exposition médiatique nationale, notamment grâce au dispositif de retransmission en direct. Pour Gilles Bertrand, « c’est une vraie ouverture. Ce partenariat nous permet d’accéder à une visibilité nationale que nous n’avions pas forcément jusqu’ici. Nous étions parfois dans l’ombre d’autres grandes épreuves du trail. Aujourd’hui, nous franchissons un cap. Cette visibilité est une chance pour les Templiers et pour le territoire. » Il précise que la retransmission ne se résume pas à une caméra, un commentateur et une régie : « C’est un dispositif considérable : des infographies, des séquences tournées en amont avec les bénévoles, les paysages et les athlètes, la préparation du plateau, les intervenants et une quinzaine de techniciens. » Il évoque aussi des défis techniques : « Dans certains secteurs, nous n’avons quasiment plus de réseau téléphonique. Des équipes ont dû transporter des équipements Starlink pour assurer la liaison. C’est une véritable prouesse technique. »
Attractivité des élites et professionnalisation encadrée
Le plateau sportif était particulièrement relevé cette année. Gilles Bertrand explique cette attractivité sans invitation : « Les athlètes viennent parce qu’ils en ont envie. Je pense notamment à l’Américain Tracen Knopp, qui nous a contactés plusieurs mois avant la course pour nous expliquer qu’il connaissait notre épreuve et qu’il souhaitait la découvrir. Il avait le sentiment que les Templiers étaient différents de ce qui se faisait ailleurs. Il est venu, il a apprécié l’expérience et je pense qu’il reviendra. »
Interrogé sur la politique de prize money attractive, il répond : « Ce n’est pas une question de prime. Les meilleurs athlètes disposent parfois de contrats de sponsoring importants. Ils ne viennent pas nécessairement chez nous pour gagner quelques milliers d’euros supplémentaires. Ils viennent aussi pour s’inscrire dans l’histoire d’une course et dans une certaine conception du sport. » Il ajoute : « Le trail se professionnalise, c’est une réalité. Nous voulons démontrer qu’une épreuve peut avoir tous les codes d’une grande compétition internationale sans perdre son âme. »
Face aux dérives possibles, notamment le dopage, les Templiers ont renforcé leur action : « Pour la deuxième année consécutive, nous travaillons avec l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD). Trente contrôles ont été réalisés lors de cette édition. Nous attendons les résultats mais ce partenariat ne se limite pas aux contrôles. Nous avons aussi voulu développer un véritable travail de sensibilisation. Des représentants de l’AFLD étaient présents sur l’événement pour échanger avec les coureurs, qu’ils soient élites ou amateurs, sur les risques liés au dopage, aux produits et aux compléments alimentaires potentiellement contaminés, ainsi que sur les conduites à risque. »
Maîtrise des jauges et retombées économiques
Gilles Bertrand a confirmé la réduction de 300 coureurs sur les épreuves du dimanche, avec un résultat positif : « Malgré cette baisse, nous avons obtenu le même nombre d’arrivants. Cela montre que nous pouvons améliorer notre organisation sans nécessairement augmenter les volumes. » Il envisage de réduire encore légèrement certaines jauges l’an prochain, tout en réfléchissant aux horaires et à la gestion des vagues de départ. « Nous avons atteint des limites très concrètes. Certains villages, certains sites d’accueil et certaines portions de route ne peuvent pas absorber davantage de monde. »
Concernant l’idée d’un seuil de 5 000 participants évoquée par des sociologues du sport, il répond : « Quand on vit à Millau, on n’a pas forcément envie de voir les Templiers retomber à 5 000 participants. Les Templiers sont une richesse pour la ville et pour le territoire. C’est aussi une vitrine exceptionnelle pour nos grands espaces. Il faut trouver le bon équilibre entre la maîtrise de l’événement et les bénéfices qu’il apporte. »
Sur les retombées économiques, une étude de la chambre de commerce et d’industrie datant de 2019 évoquait quatre millions d’euros. Gilles Bertrand estime que « les retombées actuelles mériteraient d’être mesurées précisément mais sont largement supérieures aujourd’hui ». Il souligne l’importance des séjours en groupe : « Des participants viennent trois, quatre, cinq jours. Ce type de situation se répète. Et il y a aussi tous ceux qui reviennent ensuite parce qu’ils ont découvert le territoire à l’occasion de la course. » Il souhaite qu’une véritable étude quantifie cet impact, pour démontrer que les événements de pleine nature constituent une richesse pour un territoire, à condition de maîtriser leur développement.
Bénévoles, fierté territoriale et transmission
L’événement repose sur environ 1 200 bénévoles et 47 associations partenaires. Gilles Bertrand explique : « Cet engagement ne se décrète pas. Il repose sur le plaisir de faire partie d’une aventure collective, sur les relations humaines et sur le sentiment d’être utile à quelque chose qui dépasse sa propre personne. Je crois beaucoup à la notion de fierté. À Millau, nous sommes fiers de notre viaduc. Nous devons pouvoir être fiers aussi des Templiers. »
Il évoque avec émotion les jeunes Millavois : « Quand je traverse Millau à vélo et que je passe devant les collèges, je vois des jeunes de 12, 14 ou 16 ans porter le tee-shirt des Templiers. Il y a vingt ans, cela aurait été difficilement imaginable. Aujourd’hui, les collégiens, les lycéens et les membres des clubs sportifs participent à l’événement, notamment comme bénévoles, et ils en portent les couleurs. C’est un signe très fort. »
Pour l’avenir, son ambition est claire : « Continuer à construire un événement dont les habitants soient fiers, qui attire des coureurs du monde entier et qui contribue réellement à la vie du territoire. Nous devons continuer à progresser sur l’organisation, la sécurité, l’environnement et la qualité sportive. » Il conclut : « Le succès des Templiers ne se résume pas au nombre de participants, aux performances des vainqueurs ou à la visibilité médiatique. Il se mesure aussi à ce que l’événement laisse derrière lui : des souvenirs, des liens, des retombées pour le territoire et cette fierté collective qui donne envie de poursuivre l’aventure. »