Camille Rayon, figure méconnue de la Résistance, est devenu l'un des pionniers des ports de plaisance modernes sur la Côte d'Azur. Son nom est associé au port de Golfe-Juan, mais son parcours, de fils de facteur à bâtisseur, est retracé par Nathalie Aguado dans son livre « Cap d'Antibes, les artisans du rêve ».
Un héros de l'ombre dans la Résistance
Né rue Vauban à Antibes, dans une famille modeste, Camille Rayon refuse la défaite en 1940. Après avoir combattu, il ouvre un bar, « Le Chatam », près de la poste d'Antibes, qui devient un lieu de rencontre pour les résistants. Il rejoint ensuite Londres et les Forces françaises libres du général de Gaulle.
« Sa mission est stratégique : organiser les parachutages d'armes, de matériel et d'agents alliés destinés aux maquis du sud-est de la France », raconte Nathalie Aguado. Sous les noms de guerre « l'Archiduc » ou « PM », il met en place un réseau efficace. Arrêté à plusieurs reprises, il s'échappe toujours. « Aucun des hommes placés sous sa responsabilité ne sera perdu au cours de ses opérations ».
À la Libération, il reçoit la médaille de la Résistance avec rosette, la Croix de guerre et la Légion d'honneur. Une photographie de 1948 le montre marchant aux côtés du général de Gaulle lors d'une visite officielle.
Des Pêcheurs aux marinas
Après la guerre, Camille Rayon ouvre en 1954 le restaurant Les Pêcheurs, installé dans d'anciennes baraques de pêcheurs sur la pointe ouest du cap d'Antibes. La bouillabaisse attire une clientèle prestigieuse qui arrive par bateau. C'est là qu'il imagine de véritables ports de plaisance.
Grâce à son énergie et à ses relations, il obtient les autorisations nécessaires et construit Port Gallice, avant de participer à la création d'une trentaine de marinas en France et à l'étranger, dont Port Canto à Cannes et Hammamet en Tunisie. Le port Camille-Rayon à Golfe-Juan compte 841 postes d'amarrage à quai, de 6 à 75 mètres de long, sur 13 hectares de plan d'eau.
Une reconnaissance tardive
« Malgré ces honneurs, Camille Rayon fut l'un des grands oubliés du récit de la Provence clandestine. Fin 2026, l'historien Laurent Gensonnet palliera cette injustice dans un ouvrage qui le replacera comme l'une des figures majeures de la Résistance française en Provence », note Nathalie Aguado.
L'anecdote la plus révélatrice de son parcours est celle de la villa Médy Roc. Des années après l'avoir quittée, Simone Monteux, l'ancienne propriétaire, revient sur les lieux. Camille Rayon, qui y vit alors, lui ouvre. Il la reconnaît : « Je vous portais les petits bleus [des télégrammes] pour mon père quand vous habitiez ici ». Elle répond : « Eh bien Monsieur, la roue tourne… » Le fils du facteur est devenu le maître des lieux.



