Bordeaux Technowest : un bilan 2025 positif malgré un contexte incertain
Portée par son bâtiment totem Cockpit à Mérignac, la technopole Bordeaux Technowest affiche des résultats solides pour l'année 2025 et des perspectives optimistes, même face à un contexte économique incertain et une raréfaction notable des financements publics. Sous la direction de François Baffou, cette structure consolide son modèle économique hybride unique, combinant incubation de start-up, hôtel d'entreprises et organisation d'événements majeurs.
Cockpit, un succès fulgurant et symbolique
« On avait prévu de le remplir en plus de deux ans, on l'a fait en sept mois », se réjouit François Baffou, directeur général de Bordeaux Technowest. Deux ans après son inauguration près de l'aéroport de Mérignac, ce bâtiment de 6 000 m², vitrine et siège de la technopole, est aujourd'hui presque saturé avec 62 entreprises qui y cohabitent, représentant plus de 500 emplois dans les secteurs du spatial, de l'aéronautique et de la défense.
La répartition des espaces est stratégique :
- 1 000 m² sont dédiés à l'incubation de 15 start-up accompagnées par Technowest
- 3 500 m² font office d'hôtel d'entreprises pour 47 sociétés plus matures, dont de nombreuses filiales ou sous-traitants des groupes aéronautiques voisins comme Dassault, Thales ou Airbus
Le modèle repose sur des contrats de prestation de services « all inclusive » plutôt que des baux commerciaux classiques, offrant ainsi une grande souplesse aux entreprises résidentes. « On propose un espace fermé avec la souplesse du coworking », explique le directeur.
Un modèle hybride qui porte ses fruits
Mais François Baffou tient à préciser : « le cœur du métier de Technowest n'est pas l'immobilier, mais le développement économique ». La vocation première n'est pas de conserver les locataires, surtout les start-up accompagnées, mais bien de favoriser leur envol puis leur ancrage territorial. « Notre métier est schizophrène : quand les projets sortent, c'est qu'on a réussi », résume-t-il avec humour.
Le décollage le plus emblématique reste celui de The Exploration Company, pépite spatiale qui a quitté l'incubateur pour s'implanter au Haillan, démontrant ainsi l'efficacité de l'accompagnement proposé.
Dix sites pour une diversification stratégique
Si Cockpit constitue une vitrine impressionnante, « l'aéronautique ne représente que 15% de l'activité de Technowest », nuance le directeur. La technopole s'étend en réalité sur neuf autres sites en Gironde, chacun spécialisé dans des domaines variés :
- L'énergie à Bordeaux (La Place)
- Le bâtiment intelligent à Saint-Médard (Copernic)
- La « green tech » à Blanquefort (Écoparc)
- Le commerce connecté au Bouscat (E-Choppe)
- L'économie circulaire à Bassens (Innogaronne)
Sur l'ensemble de ses dix sites girondins, Technowest a accompagné 92 start-up en 2025, générant 410 emplois dont 150 CDI créés l'an dernier. Trente nouvelles entreprises sont entrées (sur 200 dossiers examinés) et autant sont sorties, avec un accompagnement moyen de cinq ans pour transformer une idée en société viable, voire en entreprise à forte croissance.
Financement et événements : des performances remarquables
Malgré la frilosité des investisseurs, les entreprises suivies par Technowest ont levé 62 millions d'euros en 2025, une performance légèrement supérieure à l'année précédente. Côté événementiel, l'UAV Show, salon des drones coorganisé par Technowest, connaît un succès grandissant. « La filière est née ici. On en a organisé un premier salon dès 2010 », rappelle François Baffou.
En 2025, le salon a pris un virage défense significatif, entraînant une augmentation de 30% du nombre d'exposants et une fréquentation en hausse de 50%. Initialement bisannuel, l'UAV Show devrait désormais se tenir chaque année, avec une édition 2026 prévue au Palais de l'Atlantique.
Préparer l'avenir : consolidation et innovation
Pour 2026, « l'enjeu majeur est l'évolution de notre modèle économique », annonce le directeur. Actuellement financée à 60% par des fonds publics, l'association (avec un budget d'environ 3 millions d'euros) anticipe la raréfaction des subventions en misant sur l'autofinancement et ses filiales. Sur un budget global cumulé de 5,2 millions d'euros incluant la SPL, le Cesa et le fonds d'amorçage Techno'Start, le financement public ne représente plus que 35%.
L'innovation passe aussi par l'intelligence artificielle, domaine dans lequel Technowest ne veut pas rater le virage. « Nous avons été labellisés Ambassadeur IA par Bercy. Presque toutes nos nouvelles start-up l'utilisent et certaines comme Delfox en produisent pour le spatial », précise François Baffou.
En vingt ans d'existence, Technowest est passée « de quatre personnes dans 100 m² à 25 salariés et 12 000 m² », rayonnant désormais bien au-delà de la Gironde. Mais pour son directeur, l'avenir est moins à l'extension qu'à la consolidation. « On veut faire évoluer notre modèle. À l'avenir, il n'y aura plus de sites créés de façon hors-sol. L'idée est de développer des incubateurs en immersion chez des partenaires, comme au Grand Port de Bordeaux ou Domofrance. On veut que les start-up soient en confrontation directe avec les métiers », conclut-il, traçant ainsi les contours d'une nouvelle phase de développement pour cette technopole dynamique.



