Une aventure née dans un cybercafé palois
Nicolas Vonthron ne pouvait pas imaginer les progrès récents de l'informatique quand, élève au lycée Louis-Barthou, il fréquentait le premier cybercafé de Pau. L'ancien joueur de Starcraft y a rencontré un autre Nicolas, Girardin. Aujourd'hui, les deux quadragénaires évoluent à la pointe de l'innovation grâce à l'aventure Lipstip, qu'ils mènent depuis la technopole Hélioparc, avec Alexander Lerbs et une douzaine de salariés. Le monde a changé, Pau aussi. « On commence à être pas mal ici à bosser sur l'intelligence artificielle. Il y a un petit pôle de compétitivité qui se forme », apprécie l'ancien chef d'entreprises spécialiste de la « tech ».
Un retour aux sources pour une ambition technologique
De retour en France en 2023 après dix années passées à l'international, avec la sensation d'une dépendance française aux géants technologiques américains, Nicolas Vonthron rejoint un an plus tard le projet bien germé de ses deux associés, déjà rodés à la propriété intellectuelle et l'intelligence artificielle : les futures deux matrices de Lipstip. La jeune entreprise entre aujourd'hui dans la phase de commercialisation de son produit principal, sous la supervision de l'ancien « Barthousien ».
Un constat alarmant sur la propriété intellectuelle en Europe
La concrétisation d'un produit, né d'un constat appuyé par les statistiques : « 57 % des demandes de brevets en Europe sont faites par des sociétés étrangères extra-européennes, livre Nicolas Vonthron. Deuxièmement, 10 % des PME de l'UE détiennent des droits de propriété intellectuelle, donc 90 % n'ont rien déclaré. » La démarche, trop rare sur le continent, protège pourtant les inventeurs et « valorise les actifs ». « Le rapport Draghi le dit, l'Europe a un retard de compétitivité pour des raisons technologiques. »
IA made in Béarn pour la souveraineté
Dans ce tumulte numérique, Lipstip propose une aide à destination des experts de la propriété intellectuelle, obtenteurs de brevets et autres juristes, « des métiers très réglementés » et en mal de renouvellement. « Ces professionnels utilisent des bases de données, des outils majoritairement hébergés sur serveurs américains. Pour rentrer encore plus dans les détails, certaines sociétés françaises proposent des solutions à ces experts, mais grâce à des IA américaines. Cela soulève une question de souveraineté incroyable », pointe Nicolas Vonthron.
Une solution locale et efficiente
La start-up paloise joue ainsi la carte du local, en tout cas à l'échelle européenne. Elle propose à ses clients un gain de temps inestimable dans la réalisation de tâches administratives chronophages, dont « beaucoup de jurisprudences ». Avec une intelligence artificielle sur-mesure, « mono tâche » donc plus efficace, bâti code après code depuis Pau. « Grâce à la mono tâche et le fait que les modèles soient tout petits - c'est la spécialisation, c'est du taylorisme -, on est beaucoup plus rapides que les IA génératives et moins consommateurs d'énergie », vante Nicolas Vonthron, en responsable de la commercialisation.
Un hébergement éthique et une ambition européenne
Lipstip, hébergé par le serveur européen OVHcloud – « un choix déontologique » –, entend s'imposer dans un marché français « assez concentré » pour ensuite « se dupliquer » à l'échelle du continent. Et toujours depuis Pau. « La seule limite, ce sera notre capacité à recruter des talents, mais c'est un pari », mise Nicolas Vonthron.



