En France, l'Esport remplit les stades et déchaîne les passions en ligne. On l'a très bien vu en mai dernier. Paris La Défense Arena, la plus grande salle indoor d'Europe, a accueilli le Major de Paris, un tournoi mondial sur le jeu vidéo Rocket League. Cet événement a rassemblé plus de 15 000 fans sur place, avec un pic de près de 500 000 spectateurs en ligne. Derrière l'engouement populaire se cache une réalité plus contrastée.
Un soutien parental quasi inexistant
D'après une étude de Logitech G, la filiale gaming de la marque de matériel informatique, aujourd'hui, seul 1 % des parents ou des proches aimeraient voir un jeune de leur entourage démarrer une carrière de joueur Esport professionnel. Cette statistique est le pire taux des douze pays testés, loin derrière la Suisse ou la Chine. L'Hexagone s'apprête pourtant à devenir un hub mondial du gaming en accueillant l'Esports World Cup, la Coupe du Monde d'Esports. Mais les familles semblent encore freiner les futures pépites du jeu vidéo compétitif.
L'Esport souffre du spectre de la précarité financière
D'après Logitech G, ce score, particulièrement bas, met en lumière une profonde inquiétude en France liée à la sécurité financière et à la viabilité à long terme de ces métiers. 45 % des familles sondées s'inquiètent du risque financier et 31 % du fait que le milieu soit ultra-compétitif.
Romain Seilles, expert du secteur, explique : « Il y a encore un vrai blocage culturel en France. Chez nous, l'Esport est encore trop souvent vu comme un simple hobby plutôt que comme un vrai métier. »
Face à un parcours académique classique jugé plus rassurant, la vie de joueur Esport pro apparaît donc comme une voie beaucoup trop incertaine. À l'inverse, pour 13 % de la Gen Z française, le métier de pro-gamer est jugé plus respectable et inspirant que celui d'enseignant (7 %) ou d'ingénieur (7 %). Ce manque de confiance pèse lourd sur les ambitions des principaux intéressés. 24 % des jeunes considèrent le manque de soutien familial comme le frein principal à leur épanouissement dans ce secteur.
Un fossé générationnel marqué
Ce n'est une surprise pour personne : le regard porté sur l'Esport varie en fonction des générations. Un véritable fossé sépare les parents de la Gen Z. « Les Baby Boomers restent massivement hermétiques, avec à peine 29 % d'entre eux qui jugent cette carrière légitime, souligne Romain Seilles. De l'autre côté, la Gen Z affiche une ouverture inédite. 64 % d'entre eux considèrent le pro-gaming comme un choix de carrière totalement valable. Ces jeunes, qui représentent les parents d'aujourd'hui et de demain, ont grandi une manette à la main. Leur approche de l'Esport est totalement décomplexée. »
Structurer et institutionnaliser pour rassurer
En attendant que cette nouvelle génération remplisse les vœux de leurs bambins sur Parcoursup, l'avenir de l'Esport ne se jouera pas uniquement devant les écrans, mais dans toutes les strates de la société. En France, 45 % de la population trouve désormais que le pro-gaming est une carrière légitime. Un chiffre en constante progression, mais qui reste en deçà de la moyenne mondiale établie à 54 %. La clé de cette transition réside dans la pédagogie et la démonstration que l'Esport dépasse largement le simple cadre des joueurs sur scène.
Romain Seilles ajoute : « Le fait que la France accueille des événements mondiaux majeurs comme l'Esports World Cup prouve qu'on devient un hub du gaming. Il faut juste montrer aux gens qu'en plus des joueurs, il y a tout un écosystème avec des métiers stables : du coaching, du marketing, de l'événementiel ou de la data science. Plus le grand public verra que c'est un vrai marché ultra professionnel, plus la confiance viendra naturellement. »
La formation comme levier de légitimation
Pour légitimer ce marché, l'opinion publique en appelle donc à l'institution. 58 % des répondants français demandent la mise en place de filières de formation dédiées à l'Esport. « Structurer le jeu vidéo compétitif par la formation, c'est le meilleur moyen de rassurer les parents et de sécuriser l'avenir des étudiants », conclut Romain Seilles. L'étude stipule enfin que pour près d'un tiers des Français, l'introduction de diplômes d'État, de certifications et d'écoles spécialisées apporterait la crédibilité nécessaire pour rassurer les familles. En encadrant officiellement ces parcours, la France pourra enfin transformer la passion de ses jeunes en des carrières sereines et reconnues.



