Cachez ces 'vieux' qu'on ne saurait voir : l'édito sur le changement de nom des Ehpad
Cachez ces 'vieux' : l'édito sur les Ehpad renommés

Publicité Édito. Cachez ces « vieux » qu’on ne saurait voir. À défaut de pouvoir agir sur la réalité, nos dirigeants s’efforcent de modifier la perception du réel. Le changement de nom des Ehpad, rebaptisés « Maisons France Autonomie », s’inscrit dans cette longue et désolante tradition.

Une méthode éprouvée

La méthode est vieille comme la politique : à défaut de pouvoir agir sur la réalité, nos dirigeants s’efforcent de modifier la perception du réel. Ce procédé a l’avantage d’être mis en œuvre à bas coût. Il suffit d’ériger quelques écrans de fumée, confortés par de belles paroles et une bonne dose de cynisme. Son principal inconvénient ? Il ne règle aucun problème de fond.

Le changement de nom des Ehpad, rebaptisés « Maisons France Autonomie » par décision gouvernementale, s’inscrit dans cette longue tradition. Il s’agit, ose la ministre, « d’aborder le vieillissement de façon positive ». Des « maisons » pour faire oublier ces structures aux financements exsangues, en manque de soignants et d’humanité ; une « autonomie » affichée pour des personnes qui, précisément, glissent vers la dépendance.

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Tordre les mots

Imaginer qu’une évolution lexicale peut avoir un quelconque impact sur la prise en charge de nos aînés est risible. L’ANPE s’est transformée en Pôle Emploi avant de muer en France Travail, sans que les chômeurs n’en tirent le moindre bénéfice. Il en va de même pour les partis politiques, qui changent de sigle sans abdiquer leur nature, ou pour les périphrases utilisées comme cache-misère.

Je ne suis pas certain qu’un non-voyant, en 2026, soit mieux loti qu’un aveugle en 1976. Le bitume n’est pas moins dur pour les SDF qu’il ne l’était, naguère, pour les clochards. Et que dire des « seniors » qui se contentaient autrefois d’être vieux sans se sentir meurtris par ce terme ?

« Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde », écrivait Albert Camus. Notre société est suffisamment bousculée, chahutée, distordue : nul besoin, en plus, de tordre les mots pour la travestir.

Camille Galliard-Minier, ministre chargée de l’Autonomie, dans La Tribune Dimanche du 3 mai.

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