Carburants : l'impact sur le pouvoir d'achat moins fort qu'en 2022
Carburants : impact moindre qu'en 2022

Le prix des carburants a explosé avec la guerre au Moyen-Orient. Mais l'onde de choc sur le pouvoir d'achat n'est pas comparable à celle de la guerre en Ukraine, selon l'économiste Anne-Sophie Alsif, cheffe économiste chez BDO France et enseignante à la Sorbonne.

Une inflation moins forte qu'en 2022

Interrogée sur l'impact du conflit au Moyen-Orient, Anne-Sophie Alsif affirme que l'inflation liée à cette crise n'est pas comparable à celle de 2022. « L'inflation a explosé, de l'ordre de 6 à 7 %, au moment de la crise russe. Mais il y a eu un rattrapage à partir de 2024, avec une augmentation des salaires couplée à une baisse des prix de l'énergie et des denrées alimentaires. L'évolution du pouvoir d'achat est redevenue positive avant la crise au Moyen-Orient. »

Les prévisions d'inflation étaient de 1 % pour l'année 2026 en France. Le conflit change la donne avec la hausse des prix du carburant. L'inflation se situe désormais à 2,2 %. « On peut parler de choc inflationniste et de ralentissement du pouvoir d'achat, mais cela n'a rien à voir avec la crise russe de 2022 », précise-t-elle.

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Pourquoi un impact moindre ?

Plusieurs raisons expliquent cette différence. D'une part, l'énergie française est davantage décarbonée, ce qui réduit la dépendance au pétrole importé. Depuis la crise russe, la France s'est diversifiée. D'autre part, les ventes de voitures électriques s'envolent, limitant l'impact de la hausse du prix des carburants sur les ménages.

Prévisions d'inflation pour 2026

Selon l'économiste, l'inflation dans la zone euro devrait se situer entre 2 et 2,5 % en 2026. En France, grâce à l'énergie décarbonée, elle serait de +2,1 ou +2,2 %. « Mais la situation peut évoluer très rapidement en cas de durcissement du conflit », prévient-elle.

Un taux d'épargne record

Anne-Sophie Alsif souligne que le taux d'épargne moyen des ménages français est très élevé, à 17 %, soit 2 à 3 points de plus qu'en 2019. « C'est un des plus hauts du monde avec celui des Japonais. En volume, cela représente un patrimoine financier global d'environ 6 000 milliards d'euros, soit deux fois plus que la dette du pays. »

Ce niveau historique s'explique en partie par la politique du « quoi qu'il en coûte » durant le Covid et la guerre en Ukraine, qui a bénéficié aux ménages aisés. « Cela a dopé l'épargne, moins la consommation. Les Français puisent aujourd'hui dans ce coussin pour maintenir leur niveau de vie. La consommation ralentit, certes, mais il n'y a pas d'effondrement de l'économie. »

Des conséquences inégales

Les conséquences sont plus dures pour ceux qui n'ont pas d'épargne et n'ont pas les moyens de passer à la voiture électrique. « Les jeunes de moins de 25 ans et les travailleurs qui touchent moins de 1,2 smic se sont paupérisés depuis le Covid. Les amortisseurs sociaux ont surtout bénéficié aux salariés. Mais les CDD, les intérimaires ou les étudiants n'ont pas disposé de tous ces mécanismes de protection. »

Impact sur les prix alimentaires

Quant aux denrées alimentaires, les prix ont augmenté, mais pas dans les mêmes proportions qu'en 2022. « Il y a eu une grosse accalmie en 2024 et 2025. Il faut surveiller l'évolution des prix sur une plus longue période, car dans l'alimentaire, la crise énergétique a des conséquences sur le prix du transport et du packaging », conclut Anne-Sophie Alsif.

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