Rolls-Royce : le secret azuréen de Henry Royce et de ses designers
Rolls-Royce : le secret azuréen de Henry Royce

Rolls-Royce : le refuge créatif de Henry Royce sur la Côte d'Azur

Il est impossible de trouver une marque plus luxueuse et mondialement reconnue que Rolls-Royce. Née en 1904 de la rencontre entre l'ingénieur Charles Royce, d'origine modeste et très tôt orphelin, et le pilote aristocrate Henry Rolls, la marque s'est rapidement distinguée par sa maîtrise mécanique dans les moteurs d'avions, rapidement étendue aux voitures, deux modes de transport alors en plein essor.

La quête de perfection selon Henry Royce

La cheville ouvrière de cette réussite, Henry Royce, avait pour ligne de conduite une philosophie exigeante : « Chercher la perfection en tout. Prendre le meilleur de ce qui existe et l'améliorer. Et quand rien n'existe, le concevoir. » Cette approche rigoureuse s'appliquait à tous les niveaux, depuis chaque élément constitutif d'un véhicule ou d'un moteur jusqu'à l'organisation logistique, comme le déménagement des lignes de production de Derby sur Nightingale Road.

Ces installations ont abrité la fabrication et l'assemblage automobile Rolls-Royce de 1908 à 1939. Mais avant d'en arriver là, du dessin jusqu'au développement des prototypes et même les essais de préséries, c'est au Rayol-Canadel, sur la Côte d'Azur, que les modèles d'avant-guerre ont vu le jour.

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Le Rayol-Canadel : un havre de création

La ville, connue plus tard pour les séjours de Jacques Chirac, Sacha Distel ou Jean-Jacques Pauvert, et également première plage du débarquement en Provence le 15 août 1944, n'existait pas encore en tant que telle à l'époque. Les lieux étaient magnifiquement sauvages et occupés par cinq hameaux discrets. Comme beaucoup d'Anglais fortunés qui passaient l'hiver loin des brumes anglaises, la Riviera constituait un refuge privilégié pour Henry Royce.

Pas question cependant pour lui de cesser de travailler au développement des voitures à une époque où l'échange de plans et les communications à distance n'existaient pas encore dans leur version moderne. Royce a tout simplement déplacé au Rayol-Canadel son bureau d'études jouxtant sa résidence privée de la Côte d'Azur.

« La villa, nommée La Mimosa, fut construite sur les hauteurs du village du Canadel en 1911, après que Sir Henry y eut séjourné lors d'une période de repos à la suite d'efforts considérables déployés pour établir le site de production de Rolls-Royce à Derby » rappelle la marque.

La maison des designers : un studio unique

Outre La Mimosa, Royce fit construire deux autres maisons : Le Bureau, qui servait de studio de design, et Le Rossignol, la maison des designers. Il était primordial pour Royce que les designers soient proches de lui, afin qu'ils puissent ensemble concrétiser rapidement leurs visions respectives.

Le Rossignol reflète la quête de Royce pour une concertation créative et un lien profond avec la Côte d'Azur. Pour être à la pointe et capter les tendances du continent, une stratégie que suivront plus tard des constructeurs comme Toyota et Mercedes à Sophia Antipolis.

« Le séjour de Sir Henry Royce sur la Côte d'Azur nous offre un aperçu plus intime de sa méthode de travail, souligne Domagoj Dukec, directeur du Design. La proximité avec son équipe créative et sa confiance en leur capacité à accomplir des choses remarquables demeurent une source de fierté chez Rolls-Royce Motor Cars. Cet esprit perdure dans les projets les plus exigeants et les plus importants pour nos clients. »

Une discipline de fer et des moments de légèreté

Royce faisait défiler ses ingénieurs et concepteurs les plus influents à La Mimosa avec un souci constant d'efficacité et d'exploitation du temps. Un ingénieur de passage raconta comment, un jour, il avait été invité à écouter des disques avec Royce. S'attendant à une soirée musicale, il se vit remettre des leçons de français enregistrées.

Lorsque l'invité fit remarquer que ce n'était pas ce à quoi il s'attendait, Royce répondit : « Pas de temps à perdre. Nous devons mettre chaque instant à profit pour apprendre. »

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Malgré une telle discipline, Royce trouvait des moments de plaisir. Dans un rare moment de légèreté, il fut photographié, sur le balcon de sa résidence, jouant de la flûte au soleil en compagnie du célèbre sculpteur britannique Francis Derwent Wood.

Il profitait également de chaque occasion pour tester ses créations sur les corniches sinueuses près du Rayol-Canadel, les conduisant souvent lui-même. Même souffrant, Royce ne pouvait résister à l'adrénaline que lui procuraient ses voitures.

Un héritage durable

Lors d'un voyage de retour en Angleterre pour une opération urgente, alors que le directeur commercial Claude Johnson était au volant, Royce remarqua une voiture qui les rattrapait et pressa Johnson d'accélérer, insistant : « On ne double jamais une Rolls-Royce. » Tandis que la voiture se rapprochait, Royce reconnut sa silhouette et dit : « N'ayez crainte. C'est l'une des nôtres. »

La Riviera demeura le refuge de Royce jusqu'à sa mort en 1933, un lieu où nature, design et rigueur coexistaient harmonieusement. L'héritage du Rossignol, à la fois comme nom et comme lieu de création exigeante, perdure discrètement au sein de l'histoire de Rolls-Royce : un écho du patrimoine créatif de la marque qui continue d'inspirer aujourd'hui encore.