Un pèlerinage sans fin au cimetière marin
Depuis sept mois, la tombe de Brigitte Bardot au cimetière marin de Saint-Tropez ne désemplit pas. Ce mardi 28 juillet, cela fera exactement sept mois que l'icône a fermé les yeux, mais son héritage continue d'attirer les foules. Les visiteurs, venus du monde entier, se pressent pour se recueillir sur sa sépulture, faisant de ce lieu une étape incontournable de la visite tropézienne.
Un hommage permanent de la ville
La municipalité de Saint-Tropez multiplie les hommages cet été. Une rétrospective photo de Paris-Match orne la place Blanqui pour toute la saison estivale. Par ailleurs, le portrait de Bardot réalisé par Kees Van Dongen en 1959 sera mis aux enchères chez Artcurial à l'automne. De nombreuses galeries d'art exposent également son visage pop et arty, perpétuant ainsi sa mémoire.
Un va-et-vient constant au cimetière
Au cimetière marin, il ne se passe pas quinze minutes sans qu'une silhouette ne s'approche de la tombe. Des admiratrices, téléphone en main, viennent capturer l'instant, tandis que des amoureux des animaux y déposent des souvenirs. Non loin, la tombe de son amour de jeunesse, Roger Vadim, veille sur elle. Les gardiens du cimetière ont pour consigne de ne pas échanger sur le sujet, mais une affichette en anglais sous le porche d'entrée oriente les visiteurs.
Cependant, c'est le comédien allemand Mario Adorf, décédé le 8 avril 2026, qui suscite le plus de sollicitations ces jours-ci. Une fausse information publiée outre-Rhin incite ses compatriotes à déferler vers le cimetière varois, croyant qu'il y est inhumé, ce qui n'est pas le cas.
Curiosité et admiration devant la tombe
Devant la sépulture, les réactions mêlent curiosité et sympathie pour celle qui incarna la femme fatale avant de se retirer à Saint-Tropez pour se consacrer à la cause animale. Sa dernière demeure est transformée en arche de Noé pour peluches : le tombeau de ses parents est recouvert de colifichets hétéroclites, un véritable nid d'oiseaux, chiens, chatons ou phoques, ainsi qu'un tas de petits cailloux, telles des offrandes à une divinité.
Sur une carte postale de Saint-Tropez suspendue à un fil, un ressortissant belge a laissé ce simple mot : « More than an icon » [Plus qu'une icône, NDLR]. L'artiste Bruno Tonon, qui avait déjà mosaïqué le Toutou'bar à l'entrée de La Madrague, a réalisé un petit pot carrelé rempli d'animaux. De petits monuments ont été érigés sur la tombe familiale.
Témoignages de visiteurs
« C'était quand même ma jeunesse », se souvient Agnès, une Suissesse. Elle voulait « voir sa maison mais c'est trop loin à pied ». Alors elle se contente de viser, au pif dans la brume chaude, le point qu'on lui indique de l'autre côté de la baie des Canoubiers. Surprise aussi par la tombe, « je m'attendais à autre chose », sans poser de mots sur cette impression.
Annie et Fred, Vauclusiens en villégiature dans le Var, passent « la journée à Saint-Tropez. On aimait bien son choix de laisser la célébrité de côté », décrit Annie, qui a déjà arrosé les fleurs sur la tombe de Thierry Ardisson à Ménerbes. « Et sa beauté », rajoute Fred sur le registre de la sensualité. « La meilleure chose, c'est faire un don pour les animaux », témoignent-ils.
Respect et quelques écarts
La plupart des promeneurs se montrent respectueux, n'osant guère s'avancer, comme figés devant cette sépulture, préférant immortaliser le lieu en photo. Ce n'est pas toujours le cas : une jeune femme déambule nonchalamment dans les allées en maillot string, ultime hommage décomplexé à B.B. alors que la canicule assomme les jugements.
Sur la grille d'entrée, le panneau refusant l'accès aux chiens ulcère les plus fanatiques, qui transgressent l'interdit en portant leur toutou sous le bras. Une caméra discrète surveille les allées et venues pour prévenir tout acte malintentionné.
Que deviennent les souvenirs ?
Les fleurs fanées disparaissent régulièrement, tandis que « les objets qui sont en bon état sont ré-agencés pour que la tombe reste propre, et ne déborde pas sur les tombes voisines », indique le porte-parole de la Fondation Bardot. Quand ce ne sont pas les fans qui opèrent un tri. « Les autres bibelots sont collectés par les équipes de la Fondation », fait-elle savoir, sans que l'on sache vraiment leur destination.
Un hommage appuyé des fans
Dani a glissé une petite fleur rose, visiblement ému. « Un petit hommage à notre manière, elle a représenté la France comme personne », confie-t-il. « Première femme à incarner Marianne », retient-il, marqué par son choix de quitter « le monde des paillettes pour vivre plus simplement. Elle avait une vie de star qu'elle a abandonnée, c'est beau. »
Corinne appréciait celle « qui représentait la liberté et qui a fait avancer la condition des femmes » à une époque charnière. « On est à Saint-Trop', ça devient un passage obligé, ça fait partie de l'image de ce village », pressent-elle. Le souvenir de Brigitte Bardot s'insérera sans doute dans le livre de l'histoire très dense de Saint-Tropez.



