Combien de personnes portant une montre de plongée plongent réellement avec ? La question importe peu, répondent d'emblée les amateurs de tool watches – ces garde-temps robustes conçus pour des usages professionnels spécifiques. Lorsque Rolex présente un modèle capable de résister à 11 000 mètres de profondeur, l'objectif n'est pas tant de répondre à un besoin réel que d'affirmer une forme de supériorité technique et donc un signe distinctif.
L'imaginaire plutôt que l'usage
Alors que les montres de sport se sont imposées parmi les grandes tendances du salon horloger Watches and Wonders, à Genève, en avril, comme le rapporte le Financial Times, l'imaginaire qu'elles véhiculent séduit tout autant que leurs véritables fonctionnalités. « Une grande étanchéité, c'est surtout un motif de fierté », explique le journaliste américain Jason Heaton. Connu des passionnés d'horlogerie pour tester les plus prestigieuses montres de plongée, il publie des articles sur la plateforme de newsletters Substack (la sienne est baptisée « Swimpruf »).
Pour lui, la montre de plongée agit comme un « talisman de bravoure ». En bref, un objet qui permet de maintenir symboliquement un lien avec des valeurs traditionnellement associées à une certaine virilité – la prise de risque, l'autonomie, la maîtrise technique ou l'endurance physique – dans des sociétés où beaucoup de tâches sont devenues abstraites et numériques.
Le phénomène post-utilitaire
La montre de plongée n'est pas utile parce que son propriétaire plonge réellement à 300 mètres, mais parce qu'elle matérialise un potentiel : « Je pourrais. » Dans notre ère post-utilitaire, les objets valent autant pour leur fonction réelle que pour l'imaginaire qu'ils évoquent. En témoigne le succès des posts #EDC (pour everyday carry, ce que l'on emporte quotidiennement) sur TikTok, où les utilisateurs mettent en scène leurs accessoires de tous les jours – montres, lampes torches, couteaux pliants, pince multifonction, etc. – comme un minikit de survie.
D'abord popularisé dans les milieux survivalistes, ce rituel s'est progressivement déplacé vers les réseaux sociaux, où il tient autant de l'inventaire pratique que de la mise en scène esthétique. « Les hommes d'aujourd'hui éprouvent une certaine nostalgie pour une époque où il fallait réellement savoir faire des choses – couper son propre bois, chasser pour se nourrir », indiquait déjà Jason Heaton, dans le New York Times en 2017.
Un parallèle avec d'autres objets
Ironie mise à part, le phénomène rappelle celui des SUV – ces voitures urbaines à la fois sportives et utilitaires –, des vêtements militaires devenus accessoires de mode, des chaussures de trail portées loin des sentiers… La montre de plongée conserve elle aussi une légitimité technique réelle. Par exemple, les valves à hélium répondent à un usage professionnel concret. Les plongeurs qui interviennent sur des infrastructures pétrolières offshore sont placés dans des habitats pressurisés saturés en hélium. Or, ce gaz finit par pénétrer dans les montres. Lors de la décompression, la pression interne peut alors faire éclater le verre ; la valve permet précisément à l'hélium de s'échapper progressivement.
Quelques modèles emblématiques
Parmi les montres de plongée remarquées, on trouve la Montblanc Iced Sea Automatic Date 0 Oxygen, avec son boîtier de 41 mm et son bracelet en acier vieilli, étanche jusqu'à 300 mètres (5 300 €). La Bell & Ross BR-03 Diver Lum Outline, en céramique avec bracelet caoutchouc, offre une étanchéité à 300 mètres (5 500 €). L'Omega Seamaster Planet Ocean 600M, en acier avec bracelet caoutchouc, descend à 600 mètres (8 700 €). La Mido Ocean Star 39, en acier PVD, est étanche à 200 mètres (1 190 €). La Casio G-SHOCK GA-2100BM-7A5, en résine carbone, résiste à 200 mètres (129 €). Enfin, la Tissot Seastar 1000 Quartz Chronograph, en acier PVD or rose, est étanche à 300 mètres (595 €).
Ces garde-temps, bien que conçus pour la plongée, trouvent leur place au poignet de citadins en quête d'un lien avec l'aventure et la robustesse, dans un monde de plus en plus dématérialisé.



