Diorissima à Venise : 112 pièces haute joaillerie en monochromie
Diorissima à Venise : 112 bijoux en monochromie

Diorissima : un festival de pierres précieuses à Venise

La créatrice Victoire de Castellane a dévoilé la nouvelle collection de haute joaillerie Dior dans la Sérénissime : 112 pièces qui osent la couleur en variations monochromes. Présentée fin mai sur le Lido de Venise, dans un palazzo des années 1930 où marbre et symétrie déploient une splendeur architecturale presque écrasante, la collection a réuni la presse du monde entier et les plus importants acheteurs de la maison Dior, ceux qui dépensent des millions chaque année pour un collier ou une paire de boucles d’oreilles.

Femmes en robes longues et parures de mille feux, hommes en black tie, au revers parfois orné d’une broche : cette clientèle ultra-sélect a fait le voyage depuis l’Asie, le Moyen-Orient ou l’Amérique. On se croise, on ne se parle pas. Question de confidentialité, mais pas que : la règle implicite veut que les journalistes, malgré l’envie qui les titille, n’aillent pas questionner ces spectaculaires créatures à propos de leurs joyaux.

Au total, plus de 200 personnes ont assisté à la première présentation (il y en eut trois au cours de la semaine) de la nouvelle collection signée Victoire de Castellane. Depuis 1999 qu’elle officie chez Dior, la directrice artistique a redonné des couleurs à la haute joaillerie, avec un imaginaire joyeux qui puise aussi bien dans l’enfance, les forêts enchantées et les contes merveilleux que dans l’histoire de la maison.

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Venise et Dior : une vieille histoire

Car Venise et Dior, c’est une vieille affaire. Elle commence par un bal, donné en septembre 1951 par Charles de Beistegui en son palazzo Labia : 1 500 invités costumés (dont Orson Welles, Jean Cocteau ou Salvador Dalí) et une démesure telle que l’événement mondain y gagne le surnom de « Bal du Siècle ». Christian Dior est lui aussi de la partie, il a signé les costumes de plusieurs participants. La fête, mais aussi la ville, le marquent durablement. Presque soixante-dix ans plus tard, Victoire de Castellane et Dior Joaillerie investissent ce même palais en 2019 avec la collection Gem Dior, sous les fresques de Tiepolo.

Cette année, place au Palazzo del Casinò pour Diorissima. La nouvelle collection joue avec le collage – cet art du découpage et de la superposition tel que le pratiquait Matisse (que l’on peut admirer en ce moment au Grand Palais, à Paris). Présentée sur des mannequins habillées par le nouveau directeur artistique de Dior Couture, J. W. Anderson, Diorissima compte 141 créations uniques, dont 112 ont été dévoilées à Venise : colliers, bagues, boucles d’oreilles, bracelets, ceintures, earcuffs… « Tous ces bijoux sont comme de petites créatures vivantes, des odes à la vie qui peuplent un jardin joyeux, une sorte de paradis », explique la créatrice.

La couleur en monochromie

Castellane, c’est l’antithèse du terne. La couleur, sa meilleure amie. Mais ici, loin du multicolore de ses livraisons précédentes, place à des monochromies qui explorent toute une palette, du plus clair au plus profond, au fil de trois chapitres imagés – les jardins, les fonds marins et le ciel. Sur telle pièce, voilà une variation autour de diamants jaunes comme le soleil, sur telle autre, autour des tourmalines Paraïba qui évoquent une mer turquoise, ou, sur telle autre, l’association de saphirs roses, spinelles et grenats rappelle des fruits gourmands. Et quand la nature ne suffit pas à apporter la nuance voulue, les ateliers ont privilégié la laque, qui permet d’incroyables effets d’opacité et de transparence.

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Techniques d'exception

Parmi les autres techniques employées, celle de l’aérographe : afin de « réveiller » les diamants (c’est le verbe des ateliers), on projette des pigments sur une base d’or rose ou rouge, créant une iridescence qui diffuse la lumière au lieu de la bloquer. Quant à la technique du « doublet » – la superposition d’une fine couche de gemme sur une autre –, elle fait naître des camaïeux inédits, comme celui provoqué par l’opale sur de la chrysoprase. Ainsi, pour évoquer la nature avec l’aide des plus belles gemmes nées aux tréfonds de la croûte terrestre, faut-il, outre l’imagination de la créatrice, le talent des meilleurs joailliers français – le travail des matières précieuses étant, depuis des siècles, un art particulièrement abouti dans l’Hexagone.