Philippe Labat, ancien ingénieur d'Elf âgé de 72 ans, a été l'un des deux seuls propriétaires indépendants d'un puits de pétrole en France. Pendant 25 ans, il a exploité le puits d'Oberlauterbach, dans le Bas-Rhin, à une soixantaine de kilomètres au nord de Strasbourg. Cette aventure lui a rapporté environ 2 millions d'euros, lui offrant une retraite confortable, bien qu'il reconnaisse que ce n'est pas le jackpot de l'EuroMillions.
Une aventure débutée en 1989
Tout commence en 1989 lorsque Philippe Labat apprend qu'Elf a cessé d'exploiter un puits à Oberlauterbach. La firme pétrolière y avait installé une pompe produisant deux à trois barils par jour pendant vingt ans. À la fin des années 1980, la production semblant se tarir, Elf bouche le puits avec deux bouchons de ciment. Mais Labat, convaincu que le sous-sol alsacien recèle encore de l'or noir, fait le pari inverse. L'accès au pétrole, à seulement 600 mètres de profondeur, est moins coûteux que dans d'autres régions comme la région parisienne ou le bassin aquitain.
Les défis techniques et la réussite
Après des années de négociations, Labat obtient l'accord des propriétaires et une autorisation préfectorale en 1997. Avec une quinzaine d'associés, il investit environ un million de francs (200 000 euros actuels). Le puits étant obstrué par de la paraffine, il le chauffe avec une résistance électrique, passant de cinq à quinze barils par jour en 2002 grâce à un réchauffeur plus performant.
Le pétrole est vendu 4 dollars de moins que le baril de Brent, attirant des clients comme la raffinerie de Karlsruhe en Allemagne. Labat gère l'exploitation à distance depuis la région parisienne, n'employant qu'un seul salarié à temps partiel pour une dizaine d'heures par mois. La commune d'Oberlauterbach bénéficie de redevances annuelles de 2 000 à 4 000 euros, permettant d'acheter du matériel scolaire et de financer des logements sociaux.
La fin de l'aventure
En 2018, Labat obtient l'autorisation de forer deux puits supplémentaires, mais faute de financements, le projet est abandonné. En 2023, une panne survient : un tube reste coincé au fond du puits. Les réparations, estimées entre 300 000 et 400 000 euros, sont trop coûteuses. En février 2026, Labat lance une procédure d'abandon. Les installations seront démontées, le puits rebouché et le terrain remis en état.
Philippe Labat regrette de n'avoir exploité que 70 % des ressources, estimant qu'il reste 6 millions de litres de pétrole en sous-sol. Mais il rappelle que l'extraction d'hydrocarbures en France sera interdite en 2039 selon la loi Hulot de 2017, rendant peu probable une reprise. Malgré l'amertume, il tire un bilan positif : « C'est pas l'EuroMillions mais ça donne une retraite confortable. »



