Il y a 50 ans, l'usine Sud-Acier, experte dans la fabrication des ronds à béton, fermait ses portes après seulement vingt mois d'existence. Aujourd'hui occupé par Castorama, le site et son aménagement ont fait l'objet de multiples rebondissements.
Une fermeture brutale en 1976
En ce début d'été 1976, l'usine Sud-Acier, en faillite, est contrainte de cesser son activité, démarrée seulement vingt mois plus tôt. Une information judiciaire fait apparaître un mécanisme d'escroquerie dans la constitution du capital de la petite aciérie gardéenne aux installations très modernes, capable de produire quelque 200 000 tonnes de ronds à béton et de petites poutrelles métalliques par an. Plusieurs acquéreurs potentiels, venus du monde entier, se présentent alors pour récupérer la société, une des plus importantes de la zone industrielle de Toulon-Est.
Mise aux enchères et rachat
Mise aux enchères à 50 millions de francs, elle ne trouve cependant pas preneur au cours des quatre premières ventes. La cinquième est la bonne. En février 1979, deux financiers libanais s'adjugent l'aciérie et les quinze hectares du site pour 40 millions, avec la bénédiction du tribunal de grande instance de Toulon.
Démontée et remontée en Chine
En 1988, l'usine est cédée aux Chinois de la Lian Yuan Steel Iron, qui la démonteront pièce par pièce pour la remonter du côté de Pékin. Seule reste en place la cheminée de 53 mètres et ses 180 tonnes de ferraille. Dans la foulée, les propriétaires libanais souhaitent se séparer des 14,7 hectares de terrain, nettoyés et aménagés depuis deux ans, et raccordés à la voie ferrée.
Projets avortés et arrivée de Castorama
Maurice Arreckx, alors président du conseil général du Var, lorgne sur l'emplacement avec l'envie d'y construire un grand stade d'honneur pour le Sporting de Toulon, mais le projet tombe à l'eau. Le site est finalement racheté par le groupe Garrassin, qui y installe plusieurs activités liées au bâtiment, comme une centrale à béton ou la Someca-Opi, qui fabrique des agglos. À la fin des années 1990, Castorama se manifeste, intéressée pour occuper l'espace restant libre. Présente à La Garde depuis de longues années, la grande enseigne de bricolage souhaite déménager et s'étendre en bordure de l'avenue de Draguignan, en lieu et place de l'ancienne usine Sud-Acier.
La chute du dernier vestige
En mars 1999, le dernier vestige de la petite aciérie tombe de manière spectaculaire. Sous les assauts des ouvriers de la société seynoise Azur Métaux, spécialisée dans la démolition industrielle, la « tour », devenue familière dans le paysage gardéen, s'effondre dans un nuage de poussière. Le nouveau Castorama, qui devait initialement s'installer sur les lieux en 2001, est inauguré le 19 octobre 2005. 21 ans plus tard, la grande surface est toujours en place. Sud-Acier, considérée en son temps comme l'usine la plus moderne d'Europe, n'est plus qu'un lointain souvenir.
Témoignage d'un ancien ouvrier
Jean-Michel Giuggia, embauché comme manœuvre en juin 1974 lors de la construction de l'usine, se souvient : « C'était un recrutement local, mais vraiment très, très, très local. Et éminemment politique. Chacun, à gauche comme à droite, embauchait ses poulains. » Il participe à la construction de l'usine avec des gens « de l'aire toulonnaise et des anciens marins ». Le travail est dur, « assez folklorique », et dangereux : « Je me souviens être perché sur la charpente, à plusieurs mètres du sol, à tirer des câbles sans aucune protection. »
Quand l'usine ferme, « ça a été un choc. C'était tout neuf, et tout le monde avait l'espoir de finir sa carrière là-dedans », témoigne-t-il. Lui avait déjà quitté l'usine fin mai 1975 après avoir obtenu son concours d'enquêteur de police.



