Fumel tourne la page : la démolition de Condat efface un pan d'histoire industrielle
Fumel : démolition de Condat, fin d'une époque industrielle

Fumel tourne la page industrielle avec la démolition du quartier Condat

Le 14 mars 2023, la municipalité de Fumel a programmé la démolition des immeubles du quartier Condat, construits en 1959 pour loger les ouvriers de l'usine Metal Aquitaine. Cette usine, liquidée le 6 juin 2018, laisse place à un vide qui rappelle le long passé industriel de cette cité lot-et-garonnaise. Cette décision municipale symbolise la fin d'une époque qui a façonné le territoire pendant plus d'un siècle.

Les origines : 1847, le fer et le chemin de fer

Tout a commencé en 1847, lorsque la terre du Fumélois, gorgée de fer, a permis de répondre aux besoins sidérurgiques suscités par l'édification des chemins de fer. Dans le bruit et le tumulte, l'usine métallurgique de Fumel a forgé le fer et façonné un territoire entier. Sur de vieilles photographies, on distingue encore, à côté du barrage sur le Lot, les hauts fourneaux qui furent abattus à la fin des années 80, scellant déjà la fin d'une première époque.

L'âge d'or des années 60-70

Les années 60-70 sont considérées comme l'âge d'or de l'usine. Propriété de la Pont-à-Mousson, elle employait alors 5 500 personnes en emplois directs ou indirects. Durant cette période faste, les trois hauts-fourneaux produisaient chaque année des dizaines de milliers de tonnes de fonte, atteignant parfois jusqu'à 100 000 tonnes selon les années. L'activité industrielle était alors à son apogée, rythmant la vie économique et sociale de toute la région.

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Les luttes sociales et syndicales

L'histoire de l'usine de Fumel est aussi marquée par de nombreux mouvements sociaux. Dès mai 1968, des rassemblements monstres rassemblaient des milliers de métallos et ouvriers devant l'entrée de l'usine. Figure syndicale emblématique, Ignace Garay - décédé en 2014 lors d'un accident de la route - était souvent en première ligne de toutes les revendications. Les conflits se durcissaient parfois, comme lors de la grève générale de 1993, témoignant des tensions qui ont jalonné cette histoire industrielle.

La reconversion et le déclin

C'est à la fin des années 80 que l'usine de Fumel prend le virage automobile, devenant la Sodefa. En 2015, l'usine coulait encore des pièces en acier, mais la fonderie pour la fonte s'était éteinte en 2009. Les conditions de travail du "métallo" en faisaient une catégorie d'ouvriers à part, vivant au rythme du feu et de l'acier dans un département où la religion était traditionnellement la terre et le soleil.

Un héritage culturel et architectural

Le saviez-vous ? 28 tubes de 50 mètres du centre Pompidou ont été fabriqués à Fumel, témoignant du savoir-faire technique exceptionnel de cette usine. Aujourd'hui, la démolition du quartier Condat efface un pan de mémoire collective, mais l'héritage industriel de Fumel reste gravé dans l'histoire régionale. Les photographies de cet article, issues du fonds patrimonial « Sud Ouest », rappellent cette époque révolue où le métal régnait en maître sur les rives du Lot.

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