Villa La Péguière à Saint-Raphaël en vente pour 9,8 millions d'euros
Villa La Péguière à Saint-Raphaël en vente pour 9,8 M€

Depuis son belvédère niché au sommet d'une tour, c'est un véritable décor de carte postale à 360° qui se déploie. Posée au bord de la Méditerranée depuis près de 150 ans, la villa La Péguière ouvre aujourd'hui un nouveau chapitre de son histoire. Cette demeure Belle Époque, chargée d'anecdotes et de souvenirs, est proposée à la vente par l'agence Barnes pour la somme de 9 800 000 euros.

Une propriété d'exception aux mensurations généreuses

Nichée sur une parcelle de 3 400 m² plantée de « superbes arbres plus que centenaires », selon l'annonce, cette propriété de 426 m² de surface comporte 18 pièces dont 8 chambres. Elle comprend notamment 4 salles d'eau et une salle de bains, 2 salons, une cuisine, une salle à manger, une véranda, une terrasse, un bureau et un grenier. À noter aussi la présence d'un appartement indépendant d'environ 50 m², avec séjour, véranda, cuisine, chambre et salle d'eau. Le tout agrémenté de différents espaces de terrasses au sein du jardin, de plusieurs places de parking et d'un accès privatif à la mer également doté d'un ponton.

Une architecture d'inspiration orientale à l'identité intacte

Outre ses mensurations plus que respectables et sa localisation de rêve, c'est bien évidemment son passé qui revêt un intérêt tout particulier. D'autant que cette bâtisse est restée aux mains d'une unique famille depuis son édification. « C'est l'une des rares villas de la Riviera à avoir conservé son intégrité : distribution, cheminées, plafonds peints et autres carrelages qui lui confèrent un charme unique », renseigne Guillaume Garcia-Moreau, le consultant en immobilier en charge de cette vente.

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L'histoire de La Péguière débute en 1874 lorsque le riche négociant suisse Édouard Siegfried acquiert un vaste domaine s'étendant de la plage de la Péguière jusqu'à la voie ferrée. Il confie à l'architecte Joseph Ravel la construction d'une villa de style mauresque, achevée en 1880. Baptisée « La Péguière », en référence à la résine des pins que l'on récoltait autrefois sur ce secteur, la demeure évolue rapidement. Une cuisine, une salle de billard, des dépendances, des écuries et une maison de jardinier viennent progressivement compléter la propriété. Aujourd'hui encore, la villa conserve les caractéristiques qui font son identité : loggia tournée vers la mer, ferronneries ouvragées, colonnettes inspirées de l'architecture orientale, frises en céramique et vaste parc planté d'essences rares, dominant la baie de la Péguière.

Un point stratégique pour les forces de l'Axe comme les Alliés

Mais La Péguière n'est pas seulement remarquable pour son architecture. Elle a également traversé plusieurs pages de l'histoire. Ainsi, en septembre 1913, toute la famille Martin-Siegfried — patronyme issu de l'union de Marie-Louise Siegfried, fille d'Édouard, avec le Lieutenant de vaisseau Martin en 1901 — se rassemble sur sa terrasse pour assister au départ de Roland Garros, qui s'élance de Fréjus pour réussir la première traversée aérienne de la Méditerranée. Le lieutenant de vaisseau Martin-Siegfried commande alors le contre-torpilleur La Massue, chargé de porter secours au pilote en cas d'amerrissage. Une escorte qui s'avère futile puisque l'aviateur est parvenu à rallier Bizerte sans encombre, ou presque.

Durant la Seconde Guerre mondiale, la propriété est successivement occupée par les troupes italiennes puis par des officiers allemands. Grâce à la nationalité suisse de Marie-Louise Martin-Siegfried, la villa échappe toutefois aux destructions et pillages les plus importants. Une citerne aménagée dans le parc a toutefois été utilisée comme cachette pour préserver meubles, vaisselle et objets précieux. Quelques jours après le Débarquement du 15 août 1944, le chalet de la propriété accueille le poste de commandement du captain Robert M. Morris de l'US Navy, qui avait commandé l'assaut des plages du Dramont (Camel green) avant d'être chargé d'organiser l'acheminement des renforts et le ravitaillement des troupes alliées engagées dans la reconquête de la Provence.

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Une pléiade d'anecdotes qui ancrent La Péguière dans la grande Histoire

Comme souvent avec les grandes demeures du littoral, La Péguière nourrit aussi son lot de récits autour de célébrités emblématiques de leur époque. Ainsi et selon la tradition familiale, la petite jetée précitée aurait été construite afin de permettre à Guy de Maupassant de débarquer directement depuis son voilier Bel-Ami, ancré dans la baie. Il se dit aussi qu'en 1942, après son évasion de la forteresse de Koenistein, le général Giraud devait initialement rejoindre Gibraltar en partant de la Péguière. Mais ce projet aurait été abandonné au profit d'une plage du Lavandou moins surveillée en raison de l'usage de la propriété comme dépôt de munitions par l'armée italienne. Plus tard, durant la Guerre d'indépendance algérienne, ce même ponton aurait également servi de point d'embarquement pour des agents de liaison entre la France et Alger.

Les archives du Petit Var racontent aussi qu'en mars 1883, la villa fut le théâtre d'un spectaculaire cambriolage. Profitant de l'absence de la propriétaire, des voleurs ayant découvert les clés du coffre-fort s'emparèrent notamment de quatre billets de banque de 500 francs ainsi que plusieurs bijoux d'une valeur d'environ 2 000 francs pour un total équivalent à plus de 20 000 euros aujourd'hui.

Un intérêt mondial pour ce patrimoine inestimable

Toute cette richesse architecturale, paysagère et historique a évidemment suscité un vif intérêt auprès des acheteurs. Et depuis la mise sur le marché de La Péguière, les visites s'enchaînent. « Des Raphaëlois, des Français mais aussi des étrangers, Américains et Anglais notamment. Des gens qui ne connaissent pas forcément Saint-Raphaël et qui sont surtout intéressés par la situation de cette villa », détaille Guillaume Garcia-Moreau, en charge du dossier. C'est pourtant plus qu'une villa les pieds dans l'eau qui est proposée aux acquéreurs potentiels. La Péguière est un véritable morceau du patrimoine raphaëlois, témoin des premiers hivernants de la Côte d'Azur, des exploits de l'aviation balbutiante ainsi que des heures sombres de la guerre. Un héritage qui, s'il est aujourd'hui mis en vente, demeure inestimable.