Logement dans le golfe de Saint-Tropez : les élus locaux cherchent des solutions
Logement à Saint-Tropez : élus locaux en quête de solutions

Un simple questionnaire, une formalité administrative obligatoire mais sans illusion d’aboutir à une solution miracle. La Ville de Sainte-Maxime a lancé une enquête sur le logement saisonnier à destination des travailleurs comme des employeurs. Cette démarche est une procédure obligatoire pour la commune classée station de tourisme. « On connaît déjà les réponses, on ne va pas en apprendre beaucoup, reconnaît le maire de Sainte-Maxime, Vincent Morisse. Mais ça nous permet de faire un état des lieux, d’avoir une idée plus précise de la situation et savoir comment les entreprises s’organisent. »

Il faut dire que ce problème de logement pour les saisonniers mais aussi les actifs est devenu central dans l’économie locale. L’objet de débat depuis des années sans jamais aboutir à de franches avancées. Le Golfe se développe, attire toujours plus mais sa capacité locative n’augmente pas, voire diminue. « C’est un serpent de mer. On est au bout du bout à réfléchir, à retourner le problème dans tous les sens », souffle l’édile.

Des prix en plein envol

Toutefois, la situation est claire et les défauts bien identifiés. Sur le coût des logements d’abord, les prix ont explosé. La spéculation immobilière dans le sud de la France et en particulier sur ce territoire très envié rend inaccessible des appartements pour une famille moyenne. Et la marge d’amélioration est faible. « Il faut que les gens réalisent qu’on ne peut plus se loger pour pas cher en bord de mer », ferme le député de la circonscription Philippe Lottiaux (RN).

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Le logement social serait-il une partie de la solution ? Pour le moment, le Golfe n’est pas considéré comme une agglomération, Sainte-Maxime étant encore sous la barre des 15 000 habitants. Mais au vu de la tendance démographique, ce plancher sera bientôt dépassé et les communes devront respecter un minimum de 25 % de logements sociaux. « Pourquoi pas mais on les met où ? », interpelle Vincent Morisse. « Entre les différents plans de risque et les lois d’urbanisme au niveau de l’État, on ne peut plus construire. » Une fausse solution aussi selon Philippe Lottiaux, tant que l’attribution n’est pas confiée aux communes : « On ne peut pas être certain si les bénéficiaires sont des actifs, s’ils travaillent sur la commune, dans le Golfe ou à l’extérieur, s’ils attendent depuis longtemps… »

Freiner la fuite vers la location de vacances

Au-delà du coût, c’est la disponibilité qui devient le premier frein, en particulier pour les saisonniers. « Tous les jours, je vois des logements nous échapper pour devenir des locations type Airbnb et on perd des actifs », regrette le premier magistrat maximois. Le modèle paraît séduisant pour les propriétaires : plusieurs centaines voire milliers d’euros en quelques jours, l’équivalent d’un mois entier de location. « Au-delà de la rentabilité, il y a le risque d’impayés qui pèse sur les propriétaires qui décident de faire la bascule vers de la location de vacances et je les comprends », ajoute Vincent Morisse.

Pour rééquilibrer le marché, la commune dispose de peu d’outils. La seule manière serait de passer par une lourde révision du PLU interdisant ce type de location dans des zones très précises. « Je ne suis pas adepte des mesures répressives », balaie le président de la communauté de communes. Il propose d’autres pistes : une révision de la fiscalisation pour que la location à l’année soit plus intéressante ou l’allègement des procédures en cas d’impayés pour réduire la peur du risque. « Mais nous ne pouvons avoir d’impacts à notre échelle, c’est au législateur de s’en saisir », adresse-t-il.

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Blocage législatif

Du côté de l’Assemblée nationale, Philippe Lottiaux a tenté de faire des propositions en ce sens. La dernière date de 2023, un texte visant à renforcer l’attractivité du travail saisonnier dans les secteurs de l’hôtellerie et de la restauration. Sur le volet du logement, les auteurs proposaient « d’exclure de l’assiette des cotisations et de la CSG, les avantages en nature que représentent les logements des saisonniers. » Mais aussi de déduire de l’impôt sur les sociétés une part des loyers versés par l’entreprise et de créer un crédit d’impôt en faveur de la construction ou la rénovation de logements saisonniers par les employeurs. L’objectif : inciter les entreprises à développer des solutions pour les salariés d’été. « Le texte n’a pas abouti comme d’autres positions en raison d’un certain sectarisme à l’Assemblée nationale », critique l’élu parlementaire.

Malgré tout, le secteur privé se saisit de la question depuis quelques années en multipliant les solutions afin de conserver leur équipe, question de survie économique. Le député RN compte enfin sur un projet de loi du gouvernement, présenté à la rentrée pour y apporter des amendements allant dans le sens de ses idées avortées.

Nouveau sujet intercommunal

La compétence logement a été spécialement créée à la demande de la maire de Saint-Tropez Sylvie Siri pour que la réflexion soit globalisée sur la communauté de communes. Pour la vice-présidente, la priorité est de sécuriser les postes essentiels : éducation, santé, sécurité… Pour ce faire, Gassin et Saint-Tropez avaient par exemple dédié des logements communaux pour accueillir des médecins, la cité du Bailli a même conçu une mini-résidence pour les renforts municipaux estivaux.

Mais passé ces mesures ciblées, la progression ne pourra se faire que par la diversification des outils utilisés selon elle. Parmi les pistes émergentes qui méritent de se diffuser : le Bail réel et solidaire (BRS) - dont le premier projet a fait ses preuves à La Croix-Valmer - qui permet aux primo-actifs d’acquérir un logement sans acheter le foncier ; ou encore le portage de terrains par des établissements publics fonciers (EPF) : « Il y a des tas de montages à mettre en place, à adapter selon nos besoins. Face à l’attentisme de l’État, c’est à nous de trouver les solutions, sans fermer la porte aux aides. »