Dans une tribune publiée le 31 août 2026, l'eurodéputée La France insoumise (LFI) Manon Aubry assume pleinement ses propos tenus lors des universités d'été du mouvement, où elle a qualifié les milliardaires de « nuisibles pour l'économie ». Elle y détaille les mesures fiscales envisagées pour 2027 et déconstruit ce qu'elle nomme le « mythe » de l'ultra-riche qui investit et crée de l'emploi.
Un objectif politique assumé : la fin de l'ère des milliardaires
Manon Aubry, membre de la direction de LFI, confirme que l'objectif politique pour 2027 est de « mettre fin à l'ère de l'extrême-richesse » et de parvenir à ce qu'il n'y ait plus de milliardaires en France. Dans la « nouvelle France » que le mouvement souhaite bâtir avec la candidature de Jean-Luc Mélenchon à l'élection présidentielle, il ne sera plus possible de devenir milliardaire ni de le rester, grâce à une « révolution fiscale ».
Concrètement, LFI propose de limiter les héritages à 12 millions d'euros maximum, rendant impossible la transmission de milliards d'euros entre générations. Cette mesure, selon l'eurodéputée, traduirait une décision collective et démocratique considérant que « l'accaparement des richesses et les inégalités ne sont ni possibles, ni souhaitables ».
Pour illustrer l'absurdité des fortunes extrêmes, elle rappelle qu'il faudrait plus de 37 900 années à un Français touchant le salaire médian (environ 2 190 euros nets par mois) pour devenir milliardaire. Des proportions « complètement déconnectées de la réalité et sans aucun rapport avec le mérite ou le génie », selon elle. Elle estime que mettre fin à l'ère des milliardaires n'a « rien de radical », et que c'est une condition indispensable pour une économie prospère fonctionnant pour le plus grand nombre.
Le mythe de l'investissement et de la création d'emplois
L'eurodéputée s'attaque au premier volet du « mythe » : l'idée que les milliardaires seraient la source première de l'investissement productif en France. Elle rappelle qu'Emmanuel Macron a justifié la suppression de l'Impôt de solidarité sur la fortune (ISF) et la mise en place de la « flat tax » par cet argument. Or, selon le bilan dressé par le comité d'évaluation de France Stratégie, les entreprises dont les actionnaires étaient assujettis à l'ISF avant sa suppression n'ont pas investi davantage ensuite.
La suppression de l'ISF a en revanche produit un effet : celui d'enrichir les plus fortunés, avec une très forte hausse des dividendes versés après les réformes de 2018. Manon Aubry cite une étude parue dans la Socio Economic Review de l'université d'Oxford en 2022, montrant que dans 18 pays de l'OCDE, les cadeaux fiscaux ont augmenté durablement la part du revenu captée par le 1 % le plus riche, sans effet significatif sur la croissance, l'investissement ou le chômage.
Concernant la création d'emplois, elle dénonce une « fable » reposant sur la pratique des fusions-acquisitions : lorsqu'un grand groupe rachète une société, les effectifs augmentent mécaniquement, mais aucun emploi n'est créé. Selon une étude de l'Insee publiée en septembre 2025, les grandes entreprises ont directement supprimé environ 173 000 emplois entre 2012 et 2022. Sur la même période, les microentreprises, PME et entreprises de taille intermédiaire ont directement créé près de 1,9 million d'emplois. Pour Manon Aubry, « ceux qui créent l'emploi en France ne sont donc pas les milliardaires, mais le tissu essentiel des petites et moyennes entreprises, les artisans, les indépendants et, surtout, les travailleurs eux-mêmes ».
L'héritage, principal levier d'interdiction
L'eurodéputée souligne que la fortune se constitue « encore plus facilement qu'avec la spéculation boursière » par l'héritage. Selon une analyse du Financial Times parue en 2021, fondée sur le classement Forbes 2021 des milliardaires dans le monde, 80 % de la richesse des milliardaires français est due à l'héritage.
Cette nature héritée constitue selon elle un levier pour « interdire » les milliardaires : en prélevant une part substantielle de l'héritage, la fortune dépérirait progressivement d'une génération à l'autre et serait redistribuée. Elle conclut en lançant un défi : « Donnons-leur une chance de nous prouver que toutes les fables qu'ils convoquent pour nous justifier leur mérite n'en sont pas et de prouver, en partant de zéro, qu'ils savent créer des emplois, investir dans des projets d'avenir et alimenter une économie qui réponde réellement aux besoins de la population. »
Cette tribune, rédigée par une auteure extérieure au journal, n'engage pas la rédaction. Elle s'inscrit dans le débat pour l'élection présidentielle de 2027, alors que la question de la fiscalité des ultrariches, inspirée notamment par le référendum en Californie, est au cœur des discussions à gauche.



