Un stérilet pour homme bientôt testé à Lille : une révolution contraceptive
Un stérilet masculin testé à Lille : révolution contraceptive

Un dispositif innovant pour élargir l'offre contraceptive masculine

« En matière de contraception, je veux offrir plus de choix aux hommes que le préservatif ou les méthodes dites naturelles comme le retrait », expose Julie Prasivoravong, médecin andrologue au CHU de Lille et au CH de Lens. Cette spécialiste de l’infertilité masculine a eu l’idée de développer un « stérilet pour homme » afin de répondre à un double constat : de plus en plus de patients venaient la consulter pour des vasectomies tandis que les taux d’IVG ne cessent d’augmenter.

En France, le nombre d’hommes optant pour cette méthode de stérilisation est passé de 1 940 en 2010 à 30 288 en 2022, soit une multiplication par quinze en douze ans, selon un rapport d’étude d’EPI-PHARE. En 2024, 251 270 femmes ont eu recours à un avortement en France, soit 7 000 de plus qu’en 2023, indique le service des statistiques publiques.

« À partir de 2021, j’ai commencé à me demander ce qu’on pouvait faire », retrace Julie Prasivoravong, qui imagine un nouveau dispositif dédié aux hommes, capable de bloquer mécaniquement le passage des spermatozoïdes, empêchant ainsi la fécondation. « Je voulais mettre au point une solution non hormonale, la plus low-tech possible. Mon ambition, c’est de permettre au plus grand nombre de gens possible d’accéder à la contraception. »

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Un projet soutenu par l’Inserm

Le projet ne tarde pas à convaincre Jessica Schiro, chargée de mission recherche au CIC-IT, un laboratoire de l’Inserm basé au CHU de Lille, dont l’une des spécialités porte sur les questions d’usage des technologies innovantes en santé. « Rien n’existait, il y avait tout à faire », observe la docteure en biomécanique.

Trois années durant, toutes deux étudient plusieurs versions d’un nouveau dispositif de contraception masculine, avant d’aboutir à un prototype. « C’est vraiment le pendant du stérilet féminin, le mode de fonctionnement est le même », souligne Jessica Schiro. Non invasif, celui-ci peut être posé « par n’importe quel médecin formé » (urologues, andrologues…) pour une durée de trois ans.

« Cela se fait en ambulatoire, en vingt à trente minutes, via une petite ouverture d’un centimètre au niveau du scrotum sous anesthésie locale, détaille Julie Prasivoravong. Pas besoin de pansements ni de points de suture, ça se referme tout seul ; ce n’est pas plus douloureux que la pose d’un implant chez la femme. Tout a été conçu pour que ce soit le plus simple et le moins gênant possible. »

Des essais précliniques dès mai 2025

Totalement réversible, cette innovation brevetée en 2025 est baptisée STEOM. Une mise sur le marché est espérée d’ici sept à dix ans, le temps de lever toutes les barrières réglementaires. Et surtout de franchir avec succès toutes les étapes de son développement. Les premiers essais précliniques sur des êtres vivants vont se dérouler à partir du mois de mai, en collaboration avec l’université de Liège, avant un élargissement progressif des études. Le dispositif, en plus de son efficacité, devra démontrer qu’il ne nuit ni à la fertilité ni à la libido.

Partager la charge contraceptive

« Nous allons toucher des couples installés qui ont déjà eu des enfants ou qui n’en veulent plus ; des hommes jeunes qui veulent partager la charge contraceptive avec leur compagne », anticipe Jessica Schiro, qui s’appuie sur une étude de réceptivité masculine aux 350 répondants.

Si la contraception reste encore largement considérée comme une responsabilité féminine, la majorité des méthodes disponibles (pilule, stérilet, implant, patch…) s’adressant à elles, « les pratiques – sexuelles ou contraceptives – changent ; les hommes s’intéressent de plus en plus à ces questions-là, pointe la spécialiste des dispositifs médicaux innovants. Ça ne parlera pas forcément à tout le monde, on le sait, mais il nous semble important de diversifier l’offre pour que chacun puisse trouver la solution qui lui corresponde. »

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Les femmes déjà conquises

« En général, quand je parle de STEOM, je reçois plus de soutien de la part des femmes que des hommes », sourit Dominique Prasivoravong, heureux de cheminer vers cette « révolution » aux côtés de sa sœur aînée. Après un parcours dans les RH et la finance, le quadragénaire est devenu le porteur du projet ; il sera le directeur général de la future start-up, dont le lancement est attendu d’ici la fin de l’année. « On avance assez vite, note-t-il. Ce qui nous anime surtout, c’est le progrès. J’aimerais vraiment avoir un impact positif sur le monde, c’est très important pour moi. »

Comme ses associées, le père de deux enfants se dit persuadé que de plus en plus d’hommes ressentent le besoin de maîtriser leur propre fertilité, même si la nouveauté des dispositifs proposés peut parfois les effrayer. « Identifier les peurs nous permettra de mieux les comprendre pour pouvoir les déconstruire, assure Julie Prasivoravong. Il reste un travail d’acculturation à faire, mais je sais que nous y arriverons. »