Sécheresse et carburant : les éleveurs français au bord de la rupture
Sécheresse et carburant : les éleveurs au bord de la rupture

Les champs sont secs, les réserves d’eau sont à sec et les trésoreries le sont tout autant. Alors que l’été bouillant ne semble pas vouloir s’arrêter, les agriculteurs espèrent voir la pluie tomber et ainsi arroser les cultures qui peuvent encore être sauvées. La profession a beau être habituée aux crises à répétition, elle accuse sérieusement le coup cette année.

Au Space, la sécheresse au cœur des discussions

À Rennes, dans les travées du Space, plus grand salon français dédié à l’élevage, la question de la sécheresse est dans toutes les conversations. « Voir la nature grillée comme ça, c’est vraiment inquiétant. Il va être temps qu’il pleuve. Moi, ça me rend triste », lance Jean-Michel, éleveur de vaches laitières installé dans le Morbihan. Et comme un problème n’arrive jamais seul, les agriculteurs doivent en plus faire face à la flambée du coût du carburant. « Je suis venu en bagnole ce matin. J’ai mis 50 euros, j’avais à peine vingt litres », témoigne Hervé.

Comme tous les Français qui possèdent une voiture thermique, cet éleveur de la Manche hallucine à chaque fois qu’il va à la pompe. Sauf que lui n’a pas qu’une voiture. Car en plus du Berlingo et de la Peugeot 306, Hervé doit régulièrement faire le plein de ses quatre tracteurs. « Le plus gros réservoir, il fait 150 litres. En temps normal, ça me coûte une centaine d’euros. Mais là, c’est plus de 200 balles. »

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Des trésoreries mises à mal par le carburant

« Ça fait mal à la trésorerie ». Comme la plupart des agriculteurs, l’éleveur normand possède une cuve, qu’il fait remplir de gazole non routier. Ce carburant pas vraiment différent du gazole classique a la particularité d’être beaucoup moins taxé. Mais lui aussi a flambé en raison du blocage du détroit d’Ormuz. « J’ai payé 3.000 euros pour mettre 2.000 litres. Ça fait mal à la trésorerie », regrette Hervé.

Dans les travées du Space, salon de l'élevage qui se tient chaque année à Rennes, les agriculteurs parlent de leurs bêtes, mais aussi de la sécheresse et de la flambée des prix du carburant. Usé par cette inflation galopante, le paysan comprend la réaction des pêcheurs. En colère, des dizaines de marins ont bloqué le dépôt pétrolier de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône) ce mardi matin. « C’est normal, ils en ont marre. C’est pareil chez nous. Moi, ça va me coûter presque le double », déplore Stéphane, éleveur installé en Seine-Maritime. « En février, je le payais 67 centimes du litre. Et là, ça n’arrête pas de grimper. C’est plus du double », regrette le Normand. Sur sa ferme qui compte une soixantaine de vaches, la facture de GNR devrait passer de moins de 10.000 euros à « 17.000 ou 18.000 balles » en 2026. « Ça ne va pas améliorer les trésoreries », prédit l’éleveur.

Un plan à un milliard jugé insuffisant

Dans les fermes, la colère couve. Au point que ça pète ? « Je pense que ça va arriver oui. Les gens qui sont à découvert le 15 du mois, ils n’en peuvent plus. Ils n’ont plus rien à perdre », prédit Hervé. Avec son plan « à plus d’un milliard d’euros », la ministre de l’Agriculture Annie Genevard a pourtant tenté de calmer la profession. Elle a promis la prolongation des aides d’achat au carburant de 15 centimes par litre jusqu’à la fin octobre. « C’est tellement galère que je n’en ai pas fait la demande », reconnaît Stéphane. Hervé, lui, en a profité avant l’été. « C’est vraiment complexe par rapport au peu qu’on peut récupérer », regrette l’éleveur de la Manche.

« On est tributaires de Trump, on n’y peut pas grand-chose. Mais ça, plus le prix des engrais, plus la sécheresse, ça met notre modèle agricole à mal », s’alarme Hervé Lapie, secrétaire général de la FNSEA. Lui qui est éleveur de porcs dans la Marne s’inquiète pour la trésorerie de la profession. Son syndicat le martèle depuis des semaines : il y a urgence à soutenir les fermes pour éviter qu’elles ne coulent. « Si on ne fait rien, les collègues n’auront pas les moyens de semer. Ils vont laisser les champs en jachère. Et ça, ce serait dramatique pour notre production », prévient le secrétaire général du syndicat majoritaire. La colère est sourde. Mais elle est bien là.

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