Grève historique chez Ubisoft : 1.200 salariés mobilisés contre la réorganisation
Grève historique chez Ubisoft : 1.200 salariés mobilisés

Une mobilisation sans précédent chez le géant du jeu vidéo

Le groupe Ubisoft connaît ce mardi sa plus importante journée de grève de son histoire, avec près de 1.200 salariés mobilisés à travers le monde selon les syndicats. Cette action, principalement concentrée en France où le groupe emploie 3.800 personnes sur un total mondial de 17.000, marque le début d'un mouvement social d'ampleur inédite pour l'éditeur de Assassin's Creed et Just Dance.

Le télétravail au cœur des tensions

Plus d'une centaine d'employés se sont rassemblés devant le siège de Saint-Mandé en début d'après-midi, brandissant des pancartes pour dénoncer le retour imposé à cinq jours de présentiel hebdomadaire. "Le télétravail est devenu indispensable dans notre vie : revenir dessus, ça a été la goutte d'eau", témoigne Léa, artiste chez Ubisoft Paris. À Bordeaux, une trentaine de salariés ont manifesté devant le studio de La Bastide, où Laura Turban du Syndicat des travailleurs du jeu vidéo (STJV) voit dans cette mesure "un moyen de pousser les employés vers la sortie".

Une réorganisation contestée

Ce revirement sur le travail à distance s'inscrit dans un plan de réorganisation plus vaste dévoilé fin janvier, qui prévoit de regrouper les studios par expertise et en unités autonomes. Le groupe, empêtré dans des difficultés financières, cherche à se relancer dans un marché ultra-compétitif. Cette restructuration s'accompagne d'une nouvelle cure d'austérité de 200 millions d'euros sur deux ans et de l'annulation de plusieurs jeux. "On est tous d'accord pour dire qu'il y a besoin de changement, mais là, on a l'impression d'aller dans le mur", insiste Léa.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Des soutiens politiques et syndicaux

À Saint-Mandé, les grévistes ont été rejoints par les députés LFI Ugo Bernalicis et Antoine Léaument, ainsi que par la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet. "C'est la première fois qu'il y a une grève aussi forte à Ubisoft", a salué Mme Binet, appelant la direction à "entendre les salariés et répondre à leurs revendications". Des rassemblements ont également eu lieu devant les studios de Bordeaux, Montpellier, Annecy, Lyon et Milan, réunissant plusieurs centaines d'employés au total.

Un contexte de réductions drastiques

Le groupe a annoncé fin janvier un projet de plan de départs volontaires visant 200 postes sur les 1.100 que compte son siège. "C'est peut-être le premier d'une longue série", s'inquiète Clothilde Mayer, déléguée syndicale du Printemps écologique. Depuis 2023, Ubisoft a fermé plusieurs studios à l'étranger (San Francisco, Osaka, Leamington, Stockholm, Halifax) et mené des restructurations à Abu Dhabi, en Finlande et en Suède.

Une descente brutale après l'explosion des effectifs

Le numéro un français du jeu vidéo, qui comptait plus de 20.000 salariés en 2022, n'en emploie plus qu'environ 18.000 en mars 2025. Après avoir culminé pendant la pandémie qui a profité à l'industrie, le groupe s'est séparé de plus de 3.000 employés ces dernières années. En 2016, avant cette période faste, Ubisoft comptait environ 10.700 salariés dans le monde.

La direction entre assurances et inquiétudes

De son côté, la direction assure que le nouveau modèle opérationnel permettra d'être plus compétitif, reconnaissant que "ces évolutions, notamment en matière d'organisation du travail, suscitent des réactions fortes". Mais les syndicats restent vigilants : "Nous faisons très attention à l'état de santé de nos salariés car beaucoup sont dans un état compliqué. On a peur d'avoir un cas à la France Telecom", alerte un représentant de Solidaires Informatique.

Les syndicats ont appelé à poursuivre le mouvement jusqu'à jeudi, comme prévu initialement. Cette mobilisation intervient après plusieurs grèves en février et octobre 2024 face à une première réduction du télétravail. Ubisoft, qui représente à lui seul entre un quart et un tiers des emplois salariés du secteur du jeu vidéo en France, fait face à une contestation historique qui pourrait redéfinir les relations sociales dans l'industrie.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale