Faut-il écrire "C’était eux" ou "C’étaient eux" ? "Une foule de gens est venue" ou "une foule de gens sont venus" ? "Il ou elle sera là" ou "Il ou elle seront là" ? Si la plupart des manuels de grammaire répondent à ces questions de manière péremptoire, rares sont ceux qui expliquent pourquoi telle forme serait préférable à telle autre. Et pour cause : certains de ces choix ne reposent sur rien d’objectif. Alors que plusieurs variantes cohabitent, certains usages particuliers – ceux des classes privilégiées, le plus souvent – sont valorisés au détriment des autres sans réelle justification. Telle est la thèse que défend Anne Abeillé, dans un ouvrage au titre revigorant : La grammaire se rebelle.
Une analyse des normes grammaticales
Dans son livre, Anne Abeillé, linguiste reconnue, analyse en détail plusieurs règles grammaticales souvent enseignées comme absolues. Elle montre que nombre d'entre elles sont en réalité arbitraires et résultent d'une tradition qui a favorisé les usages des classes sociales dominantes. Par exemple, l'accord du participe passé ou le choix entre "c'était" et "c'étaient" sont des points où la langue offre plusieurs possibilités, mais où une seule est souvent présentée comme correcte.
Des exemples concrets
- "C'était eux" vs "C'étaient eux" : Les deux formes sont grammaticalement possibles, mais l'une est historiquement associée à un registre plus soutenu.
- "Une foule de gens est venue" vs "sont venus" : Le choix dépend de la manière dont on conçoit le groupe, mais aucune règle objective ne tranche.
- "Il ou elle sera" vs "seront" : L'accord au singulier ou au pluriel est une question de logique, mais l'usage varie.
Une remise en cause nécessaire
Pour Anne Abeillé, cette hiérarchisation des usages est injuste et contribue à reproduire des inégalités sociales. Elle appelle à une plus grande tolérance linguistique et à une grammaire qui reflète la diversité réelle des pratiques. Son ouvrage invite à repenser l'enseignement de la grammaire, en mettant l'accent sur la compréhension des mécanismes plutôt que sur des prescriptions arbitraires.
En conclusion, La grammaire se rebelle est une lecture stimulante pour tous ceux qui s'intéressent à la langue et à ses enjeux sociaux. Elle montre que la grammaire n'est pas un ensemble de règles figées, mais un système vivant, en constante évolution.



