Crise énergétique : guide pour les entreprises face à la flambée des prix
Crise énergétique : le guide essentiel pour les entreprises

Crise énergétique : le guide essentiel pour les entreprises face à la flambée des prix

Éclairage, contrats, comportements, équipements : tour d'horizon des bonnes pratiques à mettre en place face à la flambée des prix de l'énergie. Par Elodie Chermann, le 26 mai 2026 à 11h23.

Les factures d'électricité, de gaz et de carburant pèsent de plus en plus lourd dans les comptes des entreprises. Toutefois, des leviers concrets existent pour réduire durablement ses dépenses énergétiques. Optimisation des contrats, écogestes, pilotage intelligent des équipements ou encore écoconduite… On passe en revue les leviers les plus efficaces et pas forcément très coûteux.

En quoi ça me concerne ?

Dans une étude réalisée par la CPME en 2022, 90 % des TPE-PME s'estimaient déjà impactées par l'augmentation des prix de leurs fournisseurs d'énergie. Avec la guerre au Moyen-Orient et les tensions sur le détroit d'Ormuz, la situation ne s'est évidemment pas améliorée depuis. Beaucoup d'entreprises cherchent donc à diminuer leurs dépenses énergétiques. L'enjeu ? Réduire leur dépendance aux énergies fossiles pour être moins exposées aux fluctuations de prix, bien sûr, mais aussi dégager des marges pour investir et améliorer leur santé financière. Sans oublier la question de l'image de marque, vis-à-vis des clients comme des salariés. « Dans certains secteurs industriels, la réduction des consommations d'énergie et la décarbonation deviennent un avantage concurrentiel dans les recrutements comme dans les appels d'offres des grands donneurs d'ordres », rappelle Camille Ehrismann, coordinatrice du programme CEE Pacte Entreprises à l'Ademe (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie).

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Par où commencer ?

Avant tout investissement, un diagnostic s'impose. « On ne peut pas agir efficacement sans savoir quels sont les principaux postes de consommation », insiste Camille Ehrismann. D'où l'intérêt de réaliser un diagnostic énergétique afin de hiérarchiser les investissements et d'éviter les dépenses inutiles. Dans le cadre de son programme Pacte Entreprises, l'Ademe déploie un réseau de conseillers dédiés qui analysent gratuitement les usages dans les entreprises : réglage du chauffage, extinction des équipements informatiques, programmation des horaires de chauffe… L'outil en ligne « Baisse les watts » peut aussi permettre de suivre ses consommations et d'obtenir des préconisations adaptées.

Quel est le potentiel de l'éclairage LED ?

C'est souvent l'un des premiers chantiers recommandés, et pour cause. « Le passage à la LED permet de diviser la consommation électrique par deux à quinze selon l'installation de départ », résume Olivier Maschino, président-fondateur de Claréo, fabricant d'éclairage professionnel. Les économies portent aussi sur la maintenance, avec des durées de vie comprises entre 50 000 et 100 000 heures. L'investissement à consentir n'est pas forcément exorbitant. « Les prix ont énormément baissé, rappelle ainsi Olivier Maschino. Une dalle LED pour bureaux est passée de plus de 170 euros il y a quinze ans à 20-30 euros aujourd'hui. » Dans beaucoup de cas, l'installation s'amortit en six mois. Et la performance est bien supérieure : là où l'on obtenait 70 lumens par watt il y a dix ans, on en atteint 200 aujourd'hui.

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Comment réduire sa facture de carburant ?

Chez TLR, un groupe familial de transport qui emploie 200 salariés, le carburant constitue le deuxième poste de dépenses derrière la masse salariale. « Avec nos 170 tracteurs routiers on consomme près de 290 000 litres de gazole par mois », calcule Thibaut Gagnepain, directeur général. Pour limiter ses coûts, la société a équipé chaque camion d'une tablette avec un système d'éco-score fondé sur neuf critères — temps moteur allumé à l'arrêt, freinages brusques, excès de vitesse, utilisation du régulateur de vitesse, conduite en roue libre… Les conducteurs voient leur score en temps réel et reçoivent, chaque lundi, leur classement. Pour les inciter à adopter les bons réflexes, une prime liée à l'éco-score a été mise en place ainsi que des challenges internes avec récompenses à la clé (primes semestrielles, repas gastronomiques, chèques cadeaux). « À l'échelle de l'entreprise, une baisse de 5 % de notre consommation représente environ 20 000 euros d'économies par mois », chiffre Thibaut Gagnepain.

Peut-on optimiser ses contrats d'énergie ?

Clairement oui, affirme Jean-Sébastien Degouve, fondateur d'Opéra Energie, courtier spécialisé. « La plupart des PME ont encore des contrats à reconduction tacite, constate-t-il. Or ce n'est quasiment jamais la solution la plus avantageuse ». Les écarts de prix entre fournisseurs peuvent atteindre 20 à 25 % en période de forte volatilité, et 10 à 15 % en temps normal. La démarche est simple : lancer un appel d'offres avant la date d'échéance, demander des propositions sur un, deux ou trois ans, puis comparer. Il convient aussi de vérifier les puissances souscrites : beaucoup d'entreprises paient pour une puissance supérieure à leurs besoins réels. « Une PME industrielle peut facilement dépenser 500 000 euros par an en électricité ; une économie de 10 à 15 % représente alors 50 000 à 70 000 euros », illustre-t-il. Des mécanismes fiscaux permettent par ailleurs de réduire certaines taxes sur l'électricité et le gaz — mais beaucoup d'entreprises passent à côté faute d'information.

Les écogestes ont-ils aussi un impact ?

Oui ! Baisser légèrement le chauffage, programmer les horaires de chauffe, éteindre les équipements informatiques en veille, dégivrer les installations frigorifiques, éviter de faire préchauffer un four trop longtemps… Ces petits gestes peuvent sembler dérisoires, mais « mis bout à bout, ils peuvent générer de sérieuses économies », affirme Camille Ehrismann. Ce sont souvent des choses que les entreprises pensent déjà maîtriser — mais qu'il faut réévaluer régulièrement.