Le secteur du livre traverse une zone de turbulences, avec une baisse prononcée des ventes et des fermetures en série. La liquidation judiciaire de l'emblématique librairie Sauramps de Montpellier, qui comptait aussi un site à Alès, a entraîné la suppression de 54 emplois. Dans la même période, les librairies Furet du Nord et Decitre ont annoncé la fermeture de 11 de leurs 27 magasins, supprimant 163 postes, tandis que le groupe Gibert a été placé en redressement judiciaire.
Un déclin généralisé du marché du livre neuf
Ces difficultés s'inscrivent dans un contexte plus large : selon le Centre national du livre, en 2025, le nombre de fermetures de librairies (85) a dépassé le nombre d'ouvertures (83), une première. Sur les six premiers mois de 2026, les ventes de livres neufs ont chuté de 6 %, même si le livre de poche résiste mieux. La librairie Dinali à Strasbourg a également cessé son activité après 53 ans d'existence.
Les causes de la crise selon une libraire indépendante
Emmanuelle Belle, directrice de la Maison du Livre à Rodez, une grande librairie indépendante de 860 m² employant vingt salariés, explique : « Les gens lisent moins, ils passent du temps sur leurs écrans. Les enfants idem. D'ailleurs le secteur jeunesse souffre, et il va souffrir encore plus dans les années à venir puisqu'on fait de moins en moins d'enfants. » Elle ajoute que la commande en ligne aggrave la désaffection : « C'est facile, on peut commander d'un clic, quand on veut, à minuit. Mais contrairement à ce que certains pensent, ce n'est pas moins cher qu'en librairie… » Grâce au prix unique du livre instauré par la loi Lang de 1981, les librairies indépendantes ont pu survivre.
Une rentabilité très faible
Emmanuelle Belle souligne les difficultés financières : « On a vécu deux années incroyables, pendant le Covid et l'année suivante, on a cartonné, et depuis ça baisse. Le Pass culture a été divisé par deux aussi, là-dessus on perd 50 000 € cette année… » Elle pointe aussi l'augmentation des charges : loyers, énergie, salaires avec la hausse du smic, et le transport des livres. « Notre taux de rentabilité est de 1 %. Nous sommes le troisième commerce le moins rentable, après les fleuristes et une autre profession. »
Des pistes pour redresser la barre
Pour Emmanuelle Belle, une solution serait que les éditeurs accordent une remise plus importante sur le prix du livre, mais elle reconnaît que toute la chaîne est impactée par la baisse des ventes. Malgré tout, elle reste optimiste : « Il le faut. Nous, on fait beaucoup d'animations, on fait venir des auteurs, on a créé deux prix des lecteurs, un pour les adultes, un pour les jeunes. On fait tout ce qu'on peut. »
L'espoir de l'été
La saison estivale, généralement propice à la lecture, est un moment clé pour les libraires. Emmanuelle Belle déclare : « Oui, on espère que les Français vont lire sur les plages. Parce qu'ils restent des gros lecteurs quand même ! » Les genres qui fonctionnent le mieux restent la littérature, la bande dessinée et le secteur jeunesse. Les libraires comptent sur cet été et la rentrée littéraire pour inverser la tendance.



