Charente-Maritime : une économie à deux visages entre croissance et fragilités
Économie à deux visages en Charente-Maritime

Le bilan territorial 2025 de la CCI Charente-Maritime révèle une économie contrastée

L'antenne Rochefort-Aunis Sud de la Chambre de commerce et d'industrie (CCI) a présenté son bilan d'activité le vendredi 27 mars, dressant un portrait en clair-obscur de l'économie locale. En apparence, les indicateurs démographiques sont positifs, avec un nombre d'entreprises en hausse significative, mais cette croissance masque des fragilités profondes qui touchent particulièrement les très petites structures.

Une croissance numérique qui cache des réalités complexes

Fin 2025, la CCI locale recense 5 273 entreprises sur les territoires de la Communauté d'agglomération Rochefort Océan et de la Communauté de communes Aunis Sud, marquant une augmentation de 5,2% par rapport à l'année précédente. Le secteur des services domine largement ce paysage économique, concentrant à lui seul 48% des établissements.

Cependant, cette statistique globale nécessite d'être nuancée. À l'échelle locale, 42% des entreprises nouvellement créées sont en réalité des microentreprises. Selon Muriel Robin, responsable de l'antenne CCI de Rochefort, ces nouveaux entrepreneurs révèlent souvent des profils d'anciens salariés ayant subi des souffrances au travail liées à la pression ou au burn-out.

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Les motivations derrière les créations d'entreprise

Ces entrepreneurs se tournent principalement vers le numérique, la communication, les activités de nettoyage ou l'aménagement paysager. Le commerce représente également une part importante de ces nouvelles immatriculations, avec notamment l'achat-revente de pièces automobiles, la réparation de véhicules et surtout la vente en ligne et sur les marchés.

La CCI identifie deux motivations principales derrière ces activités nouvelles : la nécessité d'un complément de revenus ou la préparation d'une retraite. Ces créations répondent donc davantage à des besoins individuels qu'à une dynamique entrepreneuriale traditionnelle.

Des indicateurs économiques contrastés

À l'échelle du Pays rochefortais, le taux de chômage fin 2025 tourne autour de 7,7%, tandis qu'il atteint 7,1% en Aunis Sud. Pour l'ensemble du département, il avoisine les 7,4%. Ces chiffres, bien que préoccupants, ne reflètent qu'une partie des difficultés économiques locales.

La face cachée : isolement et défaillances en hausse

L'isolement des dirigeants de TPE

Derrière les statistiques se cachent des réalités humaines difficiles. Muriel Robin constate lors de ses entretiens que les dirigeants de très petites entreprises (TPE), qui représentent près de 95% du tissu local, sont avant tout des personnes extrêmement isolées.

« Il y a de la méconnaissance, il y a un manque de formation, et il y a beaucoup de déni », souligne-t-elle. Ce déni pousse de nombreux entrepreneurs à attendre que la situation soit critique avant de franchir les portes de la CCI.

Des accompagnements aux issues variées

Pour illustrer ce phénomène, Muriel Robin cite le cas d'un restaurateur lourdement impacté par la période Covid, qui refusait d'envisager le tribunal de commerce par peur de perdre son affaire. Accompagné pour bâtir un budget prévisionnel, il a finalement accepté d'enclencher une procédure de redressement judiciaire, une décision difficile mais qui a permis de sauver son activité.

À l'inverse, toutes les histoires ne connaissent pas une issue favorable. La responsable évoque un autre commerçant dans les métiers de bouche, acculé par un loyer mensuel exorbitant de 3 000 euros et par les contraintes imposées par son enseigne. Face à un dirigeant « usé moralement », la CCI a endossé un rôle d'écoute « quasi social » pour l'accompagner vers une liquidation devenue inévitable.

Une flambée des défaillances inquiétante

Cet épuisement moral et financier se traduit directement dans les tribunaux. Le secteur de Rochefort a enregistré 109 procédures collectives en 2025, soit une hausse de 17,2% par rapport à 2023. Les liquidations judiciaires y sont largement majoritaires, avec 70 dossiers comptabilisés.

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Pour expliquer cette flambée des défaillances, particulièrement prononcée sur le territoire par rapport aux moyennes régionales, Gilles Desmouliers, président du tribunal de commerce de La Rochelle, apporte un éclairage. Selon lui, cette augmentation brutale sur les deux dernières années est corrélée aux assignations de l'Urssaf, un phénomène de rattrapage consécutif à la crise sanitaire, avec des entreprises assignées pour des dettes accumulées sur quatre à cinq ans.

Des lueurs d'espoir et des défis persistants

Des indicateurs positifs à souligner

Parmi les bonnes nouvelles, il faut relever le taux de pérennité des entreprises au bout de trois ans. Celui du territoire est l'un des meilleurs du département (73,6%), notamment pour les sociétés qui ne sont pas des microentreprises, connues pour disparaître aussi vite qu'elles sont apparues.

Gilles Desmouliers esquisse également une note d'espoir en indiquant que « l'Urssaf aurait fini de déstocker » ces dossiers en retard, laissant entrevoir une possible stabilisation des défaillances à venir.

Le défi démographique des dirigeants

L'économie locale fait face à un défi démographique majeur : 33% des dirigeants actuels ont plus de 55 ans. Si la plateforme en ligne d'aide à la cession Transentreprise suscite un fort intérêt théorique — avec 18 000 requêtes enregistrées pour le seul secteur La Rochelle/Rochefort — les transactions peinent à se concrétiser.

Les reprises d'établissements ont chuté de 48% sur le territoire de l'antenne, ne totalisant que 28 opérations en 2025. Ce phénomène inquiétant pourrait menacer la transmission du tissu économique local dans les années à venir.

Le bilan présenté par Philippe Pétorin, président de la CCI Charente-Maritime, et ses collaborateurs révèle donc une économie à deux vitesses, où la croissance numérique des entreprises coexiste avec des fragilités structurelles qui appellent à un accompagnement renforcé des entrepreneurs locaux.