Canal+ coupe les ponts avec 600 signataires d'une tribune anti-Bolloré
Canal+ rompt avec 600 signataires anti-Bolloré

Les dirigeants du groupe ont annoncé ce dimanche ne plus vouloir financer les projets de 600 signataires d'une tribune anti-Bolloré. Parmi eux figurent Juliette Binoche, Swann Arlaud et d'autres artistes. Cinglants, les quelques mots qu'a prononcés Maxime Saada, président du directoire de Canal+, ce dimanche 17 mai lors du « brunch des producteurs », un rituel cannois, ont aussitôt fait le tour du Palais des festivals et suscité la fébrilité des attachés de presse. Il était interdit d'évoquer le sujet avec plusieurs artistes en interview dans l'après-midi, au motif que les informations sur cette prise de parole étaient encore lacunaires.

« Injustice »

La déclaration est pourtant limpide : Maxime Saada a annoncé qu'il ne souhaite plus que « son » groupe, premier financeur du cinéma français, continue de travailler avec les 600 signataires d'une tribune, publiée mardi dans « Libération », visant l'actionnaire de référence de Canal, Vincent Bolloré. « J'ai vécu cette pétition comme une injustice vis-à-vis des équipes qui s'attachent à défendre l'indépendance de Canal+, et dans toute la diversité de ses choix. Je n'ai pas envie de travailler avec des gens qui me traitent de cryptofasciste. La limite, pour moi, elle est là », a-t-il expliqué.

Les artistes signataires

Parmi les artistes signataires : Juliette Binoche, de loin la plus connue, Swann Arlaud, Anna Mouglalis, Jean-Pascal Zadi, Vimala Pons… Le texte qu'ils ont paraphé dénonce le « projet civilisationnel réactionnaire » du milliardaire, et « l'emprise grandissante de l'extrême droite » sur le septième art « par son intermédiaire ». Il rappelle que le groupe Canal « a acquis 34 % du capital d'UGC, troisième plus grand réseau de salles de cinéma ».

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Réactions à Cannes

Au festival, quand le logo Canal+ apparaît au générique des films, les applaudissements cessent. C'est la première fois que la question émerge publiquement. La prudence prévalait, la puissance de Vincent Bolloré étant considérable. De 2025 à 2027, Canal+ s'est engagé à investir 480 millions d'euros dans le secteur. La portée de cette tribune a jusqu'ici été limitée. Beaucoup de professionnels du cinéma disent ne pas voir, à ce stade, de signes d'un changement de ligne de Canal. En marge de la projection de leur film « La Vénus électrique », mardi dernier, le réalisateur Pierre Salvadori et le producteur Philippe Martin ont indiqué n'avoir pas constaté d'« interventions politiques dans les contenus des films ».

Un précédent médiatisé

Un seul précédent a été médiatisé : le refus en 2018 de financer « Grâce à Dieu », sur la pédophilie dans l'église catholique. « Je partage l'inquiétude, confiait ce dimanche une figure syndicale du septième art, mais j'ai refusé de signer ce texte car il relève un peu du procès d'intention, et crée des situations étranges. Par exemple, Canal finance la Queer Palm, qui récompense les films LGBT, dont Anna Mouglalis copréside le jury. »

Des signataires attendus cette semaine

On devrait reparler de cette montée en tension ces prochains jours à Cannes, plusieurs des signataires de la pétition « anti-Bolloré » étant attendus sur la Croisette. Arthur Harari, Emmanuel Marre, Swann Arlaud… Dans un communiqué, le collectif Zappons Bolloré, à l'origine de la pétition, estime que la « menace » brandie par Maxime Saada confirme ses « craintes ». Cette année, au festival, quand le logo Canal+ apparaît au générique des films, les applaudissements cessent, et, de plus en plus, des sifflets se font entendre.

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