L'autonomie des ouvriers, un leurre managérial selon un universitaire stéphanois
Autonomie ouvrière : un leurre managérial selon un expert

L'autonomie des ouvriers, une illusion managériale dénoncée par un universitaire

Anthony Galluzzo, professeur des universités en sciences de gestion à l'université de Saint-Étienne, livre une analyse critique des pratiques managériales contemporaines. Selon lui, l'autonomie accordée aux ouvriers constitue un leurre stratégique. Le management chercherait ainsi à emporter leur enthousiasme et à faire passer l'ordre imposé pour un ordre spontané. Cette approche conduit les travailleurs à consentir à leur propre exploitation, créant un paradoxe apparent dans les relations de travail.

Une critique radicale des manuels de management traditionnels

L'ouvrage du professeur Galluzzo prend délibérément le contre-pied des manuels de management conventionnels. Ces derniers sont accusés de négliger le travail, les travailleurs et la production, se contentant souvent de platitudes sur le monde de l'entreprise ou versant dans le développement personnel sans substance. Pour contrer cette vision, l'auteur s'appuie sur les observations des anthropologues du travail en usine, mettant en lumière les techniques et tactiques du management pratiquées dans les industries à forte intensité de main-d'œuvre.

Ces pratiques stratégiques permettent aux organisations d'extraire de la valeur, de mener leurs affaires et de survivre face à la concurrence féroce. La démarche adoptée est originale : elle adopte le point de vue du capital, guidant le lecteur à travers les conseils sans filtre d'un consultant fictif s'adressant à un destinataire patronal.

La stratégie paradoxale de l'autonomie contrôlée

Le management dispose d'une grande variété de stratégies pour contrôler la main-d'œuvre, dont l'une apparaît particulièrement paradoxale : la mise en autonomie des salariés. Cette approche permet de discipliner le travail par ce que Galluzzo qualifie de contrôle hégémonique. Les travailleurs, croyant agir librement, consentent en réalité à leur propre exploitation.

Cette stratégie présente des avantages significatifs pour les dirigeants :

  • Réduction des investissements dans l'appareil coercitif
  • Moins de contremaîtres à embaucher
  • Diminution des dispositifs de surveillance à déployer

Concrètement, les ouvriers sont répartis en équipes de dix à vingt personnes auxquelles on accorde une autonomie apparente. Ils reçoivent une mission et doivent s'organiser eux-mêmes pour atteindre les objectifs fixés. Cette organisation autonome comprend :

  1. L'élection d'un coordinateur
  2. La décision collective des méthodes de travail
  3. La gestion autonome des pauses

Cette apparente liberté masque en réalité un contrôle plus subtil mais tout aussi efficace, où les travailleurs internalisent les contraintes productives et participent activement à leur propre exploitation. La suite de cette analyse approfondie est réservée aux abonnés, révélant d'autres dimensions de cette stratégie managériale controversée.