Le secteur automobile plongé dans une crise durable
Le marché automobile européen est retombé à son niveau le plus bas depuis la crise du Covid en 2020 et 2021, plongeant dans une crise qui semble s'installer dans la durée. Aux niveaux européen et national, les contraintes réglementaires pour des automobiles plus vertes paralysent de nombreux constructeurs, tandis que les Français restent profondément attachés à leur "bagnole" et manifestent un intérêt croissant pour les voitures haut de gamme et hybrides.
L'hybride, seul segment en croissance significative
Alors que le marché européen restait atone en 2025 avec une croissance de seulement 1,8%, la technologie hybride a bénéficié d'un engouement exceptionnel qui porte sa part à 43,9% des immatriculations, représentant plus de 4,7 millions de mises à la route, soit une progression de 13,7%. Les pays les plus friands de cette technologie sont :
- L'Espagne (+23,1%)
- La France (+21,6%)
- L'Allemagne (+8%)
- L'Italie (+7,9%)
La France, championne de l'hybride
Dans l'Hexagone, les véhicules hybrides représentent désormais une vente sur deux, une performance remarquable qui les place loin devant le diesel (4,9%), tandis que l'essence et l'électrique restent au coude à coude avec une commande sur cinq seulement. Cet engouement s'explique principalement par les incitations au verdissement du parc roulant, destinées autant aux particuliers qu'aux sociétés. Ces véhicules bénéficient ainsi d'un abattement de 100 kilos sur le malus au poids et sont exemptés de l'éco-score, établi selon un calcul complexe de l'empreinte carbone.
Les différentes technologies hybrides
Les acheteurs doivent cependant distinguer plusieurs types d'hybrides, à commencer par les rechargeables et celles qui ne se branchent pas. Dans cette seconde catégorie, deux solutions très différentes s'offrent au public.
Les micro-hybrides, dotées d'une petite batterie, stockent l'énergie récupérée lors des freinages pour alimenter les accessoires et assister le moteur thermique dans les phases de démarrage ou d'accélération. Il en résulte une économie de 10 à 20% en carburant et une baisse significative des émissions de CO2. "Nous constatons une envolée de leurs ventes de 34% l'an dernier", note Agnès Crozet, directrice générale adjointe de l'Observatoire Société et Consommation.
Les full-hybrides, lancés par Toyota en 1997, embarquent un moteur électrique qui se recharge en roulant et prend le relais pendant quelques kilomètres à faible vitesse. Ce système reste particulièrement adapté à la conduite en ville et en périphérie, où il consomme près de 40% de moins qu'une version thermique. Les immatriculations ont progressé de 10,66% en 2025, confirmant l'attrait pour cette solution.
Les hybrides rechargeables, une fausse bonne idée ?
Quant aux modèles rechargeables (sur une prise extérieure), ils séduisent nos voisins européens, notamment les Italiens (+165,4%) et les Espagnols (+111%). En revanche, en France, ils ont connu un coup de frein brutal avec une chute de 25,6%. Sur le papier, ces voitures apparaissent vertueuses puisqu'elles permettent d'effectuer en général de 40 à 70 kilomètres en mode tout électrique, certains constructeurs annonçant même une autonomie poussée à 100 kilomètres.
"Dans les entreprises, l'investissement apparaît vite économiquement irréaliste", remarque Dominique Lamarche, directeur de Traxhall Sud-Est spécialisé dans la gestion des flottes. "Les prix élevés proches des électriques, l'entretien onéreux de la partie thermique, une consommation forte de carburant due à leur poids, générant des émissions de CO2 élevées, de mauvaises pratiques de recharge… autant d'éléments qui ont joué en leur défaveur auprès des responsables de parc. Ce qui semblait un bon outil vers une transition plus durable s'est révélé négatif pour le coût global de détention."
Le déclin des hybrides rechargeables en entreprise
Privées du bonus écologique, puis frappées du malus au poids depuis le 1er février 2025, ces motorisations ont fini par enregistrer une chute de 37,5% dans les sociétés en 2025. "Très vite, les gestionnaires de flottes ont pris conscience qu'il valait mieux rester sur des gammes thermiques optimisées grâce aux hybrides simples - dont les évolutions technologiques permettent de limiter les pleins - soit de basculer vers de l'électrique pure, si bien que la part des rechargeables n'a jamais dépassé les 10%", explique Régis Masera, directeur de l'Observatoire des mobilités d'Arval.
Résultat, dans le classement des dix véhicules les plus prisés en 2025, ne subsistent plus que deux essences, tandis que s'installent trois "micro-hybrides" et quatre "full-hybrides". Cette tendance pourrait bien se confirmer dans les années à venir, marquant une transformation profonde du paysage automobile français et européen.



