Carburants : pourquoi seuls routiers, pêcheurs et agriculteurs bénéficient des aides gouvernementales
Aides carburants : pourquoi seuls trois secteurs en bénéficient

Carburants : le gouvernement cible ses aides sur trois secteurs stratégiques

Si vous avez récemment fait le plein de votre véhicule thermique, vous avez certainement ressenti un choc en découvrant les prix affichés à la pompe. La situation s'est considérablement tendue depuis que l'Iran a bloqué le détroit d'Ormuz en réponse aux frappes américano-israéliennes de fin février. Cette décision géopolitique majeure a provoqué une menace de pénurie de carburants et une flambée spectaculaire du prix du baril de pétrole.

Une aide sectorielle limitée mais justifiée

Un mois après ces événements, alors que l'essence et le diesel dépassent régulièrement la barre symbolique des deux euros le litre, le gouvernement a annoncé des mesures de soutien ciblées. Ces aides concernent exclusivement trois secteurs professionnels : les TPE et PME du transport routier, les pêcheurs et les agriculteurs. Dans son communiqué officiel, l'exécutif justifie ce choix limité par le caractère « essentiel » de ces activités pour la « souveraineté alimentaire » nationale et le « bon fonctionnement de l'économie française ».

Cette approche n'est pas nouvelle. Déjà en 2022, alors que les prix des carburants avaient commencé à flamber fin 2021 avant que la guerre en Ukraine n'aggrave la situation, ces mêmes secteurs avaient bénéficié de soutiens spécifiques. Interrogé par 20 Minutes, Bercy affirme que ces filières ont été « identifiées comme étant les plus menacées à ce jour ».

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La délicate question des aides ciblées

Michel Sapin, ancien ministre de l'Économie sous François Hollande, reconnaît que les aides ciblées représentent « une question délicate ». Il souligne néanmoins que « l'urgence est manifeste » pour la pêche « compte tenu de la fragilité de la filière ». Patrice Geoffron, économiste et directeur du Centre de géopolitique de l'énergie et des matières premières (CGEMP) de l'université Paris-Dauphine, confirme cette analyse.

« Ce sont des secteurs dont l'exposition aux prix du carburant est forte », explique-t-il. « La hausse des prix du brut les met en danger financier à court terme avec un risque de rupture d'activité ». Cette rupture potentielle dans les transports, la pêche et l'agriculture menace directement « l'approvisionnement des marchés et peut provoquer une hausse des prix pour les ménages », poursuit l'expert.

Les oubliés du dispositif d'aide

Cette focalisation gouvernementale soulève cependant des questions légitimes concernant d'autres professions fortement dépendantes du carburant. Qu'en est-il des infirmières à domicile, des taxis, des ambulanciers ou des artisans ? Doit-on en conclure que ces métiers ne sont pas considérés comme « essentiels » par les pouvoirs publics ?

En 2022, le secteur du BTP et les infirmiers avaient finalement obtenu des aides, mais « il aura fallu se battre pendant presque 6 mois », déplorait alors la Fédération nationale des infirmiers (FNI). À l'époque, presque tout le monde avait bénéficié d'un soutien grâce à la « remise carburant pour tous », lancée par le Premier ministre Jean Castex le 1er avril 2022.

Logique budgétaire et considérations d'ordre public

Selon le directeur du CGEMP, ces « aides sectorielles » répondent à une logique budgétaire rigoureuse qui permet de « limiter l'impact sur les finances publiques ». Mettre en place « un bouclier à la pompe ou une baisse massive de la TVA sont des mesures jugées trop coûteuses, une dizaine de milliards d'euros, et peu ciblées », précise-t-il.

Michel Sapin confirme cette analyse : « Les aides généralisées et automatiques face à la hausse des carburants se sont révélées catastrophiques du point de vue budgétaire ». L'ancien ministre ajoute qu'elles n'ont « pas réellement atteint leur but ».

Au-delà des considérations budgétaires, une logique d'ordre public influence également ces décisions. « On le sait, ces secteurs mobilisent des organisations syndicales et patronales très structurées, capables de bloquer des ronds-points ou des ports », souligne l'économiste. Cet argument « pèse lourd sur la chronique politique » et influence visiblement les choix gouvernementaux.

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Un dispositif critiqué et des tensions persistantes

« Oui, il y a beaucoup de pièges dans le versement de telles aides, même ciblées », reconnaît l'ancien ministre de l'Économie. « Qui viser exactement, pour quel montant, à partir de quand et quand arrêter », s'interroge-t-il avec pertinence.

Malgré ces précautions, la satisfaction n'est pas au rendez-vous. Les pêcheurs et les routiers ont déjà estimé « insuffisantes » les mesures annoncées par l'État et préparent des actions de protestation. L'Organisation des transporteurs routiers européens (OTRE) a annoncé des blocages et opérations escargot entre ce lundi et le 3 avril, parfois en coordination avec les taxis.

Selon Bercy, le ministre Roland Lescure assure que les mesures seront adaptées « en fonction de l'évolution de la crise, qui demeure imprévisible dans la durée et l'intensité ». Une promesse qui ne calme pas les inquiétudes des professionnels laissés pour compte par le dispositif actuel.