Le projet photovoltaïque de Tavel, qui doit s'implanter sur 47 hectares au lieu-dit Campey, rejeté par la préfecture du Gard, suscite un vif débat. TotalÉnergies ainsi que la commune ont décidé de contester la décision devant la justice, tandis que les défenseurs de la biodiversité saluent une victoire pour les 80 espèces protégées du site.
Une décision préfectorale contestée
La décision est tombée fin mars. Dans un arrêté, la préfecture du Gard fait savoir qu'elle rejette la demande d'autorisation environnementale du projet de parc photovoltaïque prévu au lieu-dit Le Campey, à Tavel. Ce projet, porté par TotalÉnergies et implanté sur 47 hectares de terrains communaux, devrait produire annuellement plus de 74 000 mW, soit la consommation de près de 50 000 habitants. Un projet "totalement illégal" pour Catherine Lugan de France Nature Tavel. Cette association fait partie du collectif Sentinelles des Garrigues qui, fort de ses 800 membres, œuvre pour la défense de l'environnement dans le Gard et les départements limitrophes. Dans un communiqué paru quelques jours après la publication de l'arrêté, le collectif salue ainsi la décision du préfet qui "constitue un signal important pour la protection des milieux naturels".
Les motifs du rejet
Parmi les raisons qui ont motivé la décision préfectorale sont évoqués, entre autres, les avis défavorables rendus par le Conseil national de la protection de la nature en 2024 puis en 2026. Cette instance d'expertise scientifique avait pointé du doigt les moindres mesures compensatoires prévues par le porteur de projet. "Il est également indiqué que le site est classé comme réservoir de biodiversité et que même le Scot du Gard rhodanien encourage plutôt de mettre le photovoltaïque sur les toitures ou les friches industrielles", ajoute Catherine Lugan qui connaît le dossier sur le bout du doigt. Si elle aussi se réjouit de l'arrêté préfectoral, elle sait toutefois que le combat n'est pas fini.
Un recours en justice engagé
Car TotalÉnergies Renouvelables France, ses partenaires (AREC et Segard), ainsi que la commune de Tavel ont fait le choix d'exercer leur droit de recours devant le tribunal administratif de Nîmes concernant le rejet d'instruction de la demande d'autorisation environnementale. "Le projet a été substantiellement revu pour intégrer les recommandations formulées afin de réduire au maximum les impacts sur les espèces protégées. Un dossier de dérogation pour espèces protégées a été élaboré avec des mesures compensatoires concrètes : financement d'1 million d'euros de travaux sylvicoles, conservation de 260 hectares de forêt méditerranéenne, maintien de 39 hectares de milieux ouverts", détaille la direction de TotalÉnergies qui estime que ce dossier "enrichi et approfondi répond aux exigences réglementaires".
Investissement, retombées, implantation : qu'en est-il de ce projet ?
Objectifs
Cet investissement de 51 millions d'euros doit permettre d'éviter l'émission de 27 000 tonnes de CO2 chaque année, indique TotalÉnergies. "Ce projet s'inscrit directement dans les objectifs de l'agglomération du Gard rhodanien dont seulement 8 % de la consommation d'énergie finale était d'origine renouvelable en 2023 contre un objectif de 33 % d'ici 2030", poursuit le groupe. Il est prévu que sa réalisation "générera près de 300 000 euros de retombées fiscales annuelles pour les collectivités".
Implantation
L'implantation de cette ferme photovoltaïque sur le site de Campey résulte notamment de sa proximité avec le poste électrique stratégique de Tavel, géré par RTE, qui alimente en électricité la région Paca et l'Occitanie pour plus de 4 millions d'usagers, fait savoir TotalÉnergies qui ajoute : "Cette localisation réduit considérablement les besoins en infrastructures de raccordement". Selon le porteur de projet, la centrale jouera par ailleurs "un rôle protecteur contre le risque incendie pour le poste électrique et sa future extension".
Une mobilisation citoyenne qui s'organise
Suite à cela, une pétition en ligne a été créée pour demander "l'abandon immédiat du recours" et "la protection définitive du site de Campey". Ce sont Les Voix de Tavel qui ont lancé cette pétition, un groupe récemment créé par Patrick Gayraud "pour informer les gens de ce qu'il se passe". "Ici, c'est un endroit où je viens faire du vélo, courir. On peut y voir des chevreuils, des biches car c'est aussi une réserve de chasse", lance ce boulanger tavelois qui, aux dernières élections municipales, était sur la liste opposée au maire actuel Claude Philip.
80 espèces protégées sur le site
"Campey, ce n'est pas qu'un alignement de fils", renchérit de son côté Catherine Lugan en référence aux lignes, poste et pylônes électriques déjà présents sur le site. Et d'ajouter : "C'est un trésor de biodiversité, il y a 249 espèces animales et 147 végétales, dont 80 protégées comme la pie-grièche ou le lézard ocellé ou le grand capricorne qui vit dans les chênes. Ici, il y a des animaux exceptionnels". Comme l'avaient indiqué les Sentinelles des garrigues, et comme le soutient aussi Catherine Lugan, "la transition énergétique est indispensable mais elle ne peut pas se faire au détriment des espaces naturels et de la biodiversité". TotalÉnergies, de son côté, envisage la mise en service de la centrale d'ici début 2031 "sous réserve de l'issue du recours contentieux".
TotalÉnergies porte 70 % du projet, l'Arec (Agence régionale Énergie climat) et la Segard (société d'aménagement et d'équipement du Gard) 15 % chacune.



