La raffinerie de Schwedt, située dans le Brandebourg, est devenue le symbole de la difficulté pour l'Allemagne à se défaire de sa dépendance au pétrole russe. Cet site industriel, qui fournit l'essentiel du carburant de Berlin et de l'est du pays, reste tributaire de l'oléoduc Droujba, qui achemine le brut depuis la Russie. Alors que le gouvernement fédéral a promis de mettre fin à ces importations d'ici la fin de l'année, la réalité du terrain montre des obstacles techniques et économiques considérables.
Un approvisionnement toujours lié à la Russie
La raffinerie de Schwedt, exploitée par le groupe Shell, traite environ 12 millions de tonnes de pétrole brut par an, dont une large part provient de Russie via l'oléoduc Droujba. Ce pipeline, qui traverse la Biélorussie et la Pologne, est l'une des principales voies d'approvisionnement en pétrole russe vers l'Europe. Malgré les sanctions et les engagements politiques, les livraisons se poursuivent, car aucune alternative n'est encore pleinement opérationnelle.
Le gouvernement allemand a annoncé en mars dernier son intention de diversifier les sources d'approvisionnement de Schwedt, notamment via le port de Rostock sur la mer Baltique et celui de Gdańsk en Pologne. Cependant, ces infrastructures nécessitent des investissements lourds et des travaux de raccordement qui ne seront pas achevés avant plusieurs mois. En attendant, la raffinerie continue de tourner avec du brut russe, faute de solution immédiate.
Des enjeux économiques et politiques majeurs
La fermeture ou la conversion de la raffinerie de Schwedt aurait des conséquences considérables pour la région. Le site emploie directement environ 1 200 personnes et soutient des milliers d'emplois indirects dans la filière. Une cessation d'activité provoquerait une pénurie de carburant dans tout l'est de l'Allemagne, notamment à Berlin, où la raffinerie fournit près de 90 % du carburant de la capitale. Les autorités régionales et fédérales sont donc confrontées à un dilemme : respecter les engagements de sortie du pétrole russe tout en préservant l'activité économique et la sécurité d'approvisionnement.
Sur le plan politique, le dossier de Schwedt est devenu un test pour la crédibilité du gouvernement d'Olaf Scholz. Le chancelier a promis de réduire la dépendance énergétique à la Russie, mais les délais annoncés semblent difficiles à tenir. Des responsables politiques locaux, comme le ministre-président du Brandebourg, Dietmar Woidke, ont appelé à une transition progressive, tout en soulignant les risques sociaux d'une fermeture brutale.
Des solutions à moyen terme encore incertaines
Pour sortir de l'impasse, le gouvernement mise sur le développement de nouvelles routes d'approvisionnement. Le port de Rostock, déjà relié à Schwedt par un oléoduc, pourrait être modernisé pour accueillir des pétroliers en provenance d'autres pays, comme la Norvège ou les États-Unis. De même, une connexion avec le port polonais de Gdańsk est à l'étude, mais elle nécessite un accord avec Varsovie et des travaux de grande ampleur.
En attendant, la raffinerie de Schwedt demeure un point de friction dans les relations entre l'Allemagne et ses partenaires européens, notamment la Pologne, qui critique la persistance des importations russes. Selon des experts cités par Le Monde, une sortie complète du pétrole russe pourrait prendre au moins deux ans, malgré les déclarations optimistes du gouvernement. La situation de Schwedt illustre ainsi la complexité des transitions énergétiques en temps de crise, où les impératifs économiques et politiques s'entrechoquent.



