À Jonzac, en Charente-Maritime, la crise énergétique qui frappe la France depuis 2022 n'a pas eu d'impact sur les finances de la commune. « Je plaignais mes collègues ! Nous n'en avons pas ressenti les effets », se félicite Christophe Cabri, le maire de cette ville de 3 750 habitants. Grâce à la géothermie, Jonzac échappe à la dépendance aux énergies fossiles importées, et ses factures sont restées stables.
Un réseau de chaleur unique
La commune dispose de 23 kilomètres de réseau souterrain de chauffage urbain, alimenté par la chaleur du sous-sol. Cette technique capte la chaleur naturelle des nappes d'eau chaude. Né du premier choc pétrolier, le premier forage, réalisé en 1979 à plus de 1 500 mètres de profondeur, fournit de l'eau à plus de 60 degrés. Il chauffe les hôpitaux, les écoles, le collège, et les habitants peuvent s'y raccorder.
Des vertus thérapeutiques
Les eaux thermales de Jonzac ont également des propriétés curatives. L'agrément de l'Académie de médecine a permis l'ouverture des thermes, qui attirent aujourd'hui 15 000 curistes par an, contre 200 au départ. Un deuxième puits a été creusé pour sécuriser l'approvisionnement. L'eau est extraite, réchauffée à 90 degrés dans une chaudière centrale, puis renvoyée dans le réseau pour compenser les pertes de chaleur.
Un atout économique et touristique
La géothermie a aussi permis la création du centre aqualudique Les Antilles, qui accueille 400 000 visiteurs chaque année. Un troisième forage, mis en service il y a un an, offre un débit de 100 m³ par heure, soit deux fois plus que les précédents. « Il va nous permettre de boucler, chauffer nos grands équipements et les particuliers », explique le maire. Les nouveaux lotissements doivent obligatoirement se raccorder au réseau. Pour les habitants, le coût est de 700 euros par an pour l'eau et le chauffage d'une maison de 100 m². Le réseau compte 470 abonnés, dont 450 particuliers, et continue de s'étendre.
Des défis financiers et réglementaires
Cette souveraineté énergétique a un coût. Le troisième forage, abrité dans une petite cabane verte, a nécessité 5 millions d'euros, et 10 millions avec les raccordements. Malgré les promesses gouvernementales, les subventions restent limitées. La réglementation est complexe : l'eau du sous-sol appartient à l'État, et Jonzac doit respecter le Code des mines pour la géothermie et le Code de l'environnement pour le thermalisme. « Si c'était si simple, il y aurait beaucoup plus d'installations. Il est plus facile de faire du photovoltaïque », conclut Christophe Cabri. Mais la ville, pionnière, entend poursuivre son engagement.



