Mercredi 20 mai, Joël Brouch, directeur de l’Office artistique de la Région Nouvelle-Aquitaine (Oara), a donné l’alerte dans un post Instagram : la nouvelle équipe municipale de Saint-Loubès, conduite par Antoine de Tournemire (sans étiquette), a pris la décision de supprimer l’intégralité de la programmation 2026-2027 de la salle La Coupole. Une décision brutale qui provoque la sidération des artistes et un front uni des agences culturelles locales.
Marjorie Dubosc, codirectrice de la compagnie Le Bruit du silence, a, comme beaucoup d’autres, découvert l’annulation via ce post. « Je suis abasourdie. On devait jouer notre spectacle jeune public “Papillon”. Le collectif lormontais Jesuisnoirdemonde avait une résidence de création en septembre pour une date le 7 novembre. Les Bordelais La Boîte à sel voient leurs quatre représentations prévues en janvier 2027 purement annulées, balayant aussi tout le travail de territoire et les ateliers conjoints avec la médiathèque. Comme toutes les saisons sont bouclées, personne ne peut les reprendre. » Sont concernés aussi le collectif loubésien Les Femmes de l’Ouest, les Bordelais De chair et d’os, Vivarium…
Un front uni des acteurs culturels
Les instances de tutelle ont immédiatement réagi. Philippe Sanchez, le directeur de l’agence culturelle du Département de la Gironde, l’Iddac, note : « On est sur des prises de position qui sont très dogmatiques, c’est quasiment électoraliste de s’en prendre à la culture. Qu’est-ce qui se joue derrière ça ? Cette annulation soudaine est extrêmement dégradante pour les gens qui travaillent dans les compagnies. »
De son côté, Joël Brouch (Oara) fustige une mesure « choquante tant par sa brutalité que par ses conséquences dramatiques », y voyant « au mieux, la méconnaissance du nouveau maire, au pire, son mépris pour les acteurs de la culture ». L’Oara et l’Iddac avaient pourtant formellement garanti leurs soutiens pour la diffusion de ces spectacles.
Le maire temporise, les artistes envisagent des recours
Contacté, le maire, Antoine de Tournemire (sans étiquette), refuse pour l’instant toute déclaration. L’édile affirme vouloir « privilégier une séquence de communication, informant d’abord les producteurs et les associations utilisatrices de l’équipement avant toute annonce publique », évoquant des « engagements sur base de devis, mais pas plus que ça ». La municipalité prévoit de s’exprimer officiellement par le biais de ses canaux numériques et du journal communal d’ici quelques jours.
Selon nos informations, au moins deux têtes d’affiche étaient prévues : l’humoriste Élodie Arnould, qui a annoncé sa date sur Instagram, et le pianiste et compositeur Jean-François Zygel, qui devait faire un portrait musical de Saint-Loubès.
La bataille pourrait se déplacer sur le terrain juridique. Comme le rappelle le directeur de l’Iddac, les compagnies artistiques en possession de bons de commande ou de devis signés « pourraient se retourner contre la collectivité ». Ironie du sort ? Mercredi 13 mai, soit quelques jours seulement avant cette décision, le conseil municipal avait pourtant voté et approuvé à l’unanimité la fixation des tarifs de ces spectacles… Qui n’auront donc pas lieu.



